dimanche 2 avril 2017

PETITE CHRONIQUE RURALE - 4 - La la land !

Enfin ! Il aura fallu que j'atterrisse dans un village du bout du monde pour rejoindre une chorale... Depuis des décennies, j'ai envie de chanter avec d'autres. Tout simplement. Les ans ont passé et me voilà embarquée, entre soprani, alti, ténors et basses, à essayer ma voix quelque peu rouillée. Mais courage, ne fuyons pas !
J'avoue que cette chorale m'enchante. Il y a là le principal du collège et sa documentaliste, deux professeurs de musique, la directrice d'une salle de spectacles, une employée de la poste, une mère d'élèves et quelques autres que je n'ai pas encore déterminés. Je suis la doyenne. Ca me change des cheveux blancs habituels. Côté instruments, trois élèves de ce collège hors norme nous accompagnaient : une jeune fille au piano, deux garçons l'un à la batterie, l'autre à la guitare. Un vrai trio de pro. Nous occupions l'auditorium du collège. Avec une ardeur qui m'a surprise, cette fine équipe s'est lancée sans état d'âme dans l'interprétation à quatre voix d'"Aragon et Castille" de Bobby Lapointe, un exploit ! Puis de deux airs arrangés par l'un des professeurs de musique, "Agua de beber" et une sorte de Chabadabada plein de chausse-trappe...
Et c'est ainsi chaque jeudi soir !
On ne m'a rien demandé ; juste mon prénom ; je ne sais pas lire une partition ; j'écoute seulement et je me coule dans le moule. Avec ravissement. Je me suis quand même placée à côté d'une jeune femme qui chantait à la perfection.
En quittant le collège, je n'étais pas loin de me prendre pour Judy Garland...

Nanette

mardi 28 mars 2017

PETITE CHRONIQUE RURALE - 3 - Nécessaire...

Nécessaire... Je ne suis plus nécessaire. Quel beau cadeau elle m'a fait, ma chère amie V. avec laquelle je déjeunais hier ! Voilà le mot qu'il fallait me dire. Pas "utile", non. Nécessaire. En d'autres temps, on disait un "nécessaire à couture" pour désigner une jolie boîte remplie d'épingles, de bobines de fil, de boutons, d'aiguilles de tout acabit ; tout ce dont on avait besoin pour réparer. Pour ravauder, pour créer aussi.
Donc je n'ai plus à réparer. Voilà bien ma chance !
J'ai donné sans compter pour tenter de rendre plus légère la tâche éducative de ma fille sans peser trop sur leur cellule familiale. Pendant presque onze ans. Maintenant les voilà devenus "grands", ou presque ! Les besoins, les attentes ne sont plus les mêmes. Aujourd'hui mon appartement m'est devenu trop vaste. Le temps de l'école, puis du collège est terminé. Les repas pris ensemble pendant la semaine, les temps libres passés chez moi entre deux cours, les nuits choisies dans ma chambre d'ami pour atténuer une angoisse trop envahissante, tout cela est à inscrire dans les souvenirs... Les couches sédimentaires s'entassent les unes sur les autres sans amertume ni regret. J'ai revu avec une grande douceur les lieux où j'emmenais les deux bambins jouer au parc, grimper sur d'horribles sculptures représentant un couple enlacé. D'abord il y a eu le temps de la poussette et du bac à sable puis celui des courses échevelées dans les allées puis l'accompagnement à la patinoire et un peu plus tard les escapades à la montagne si belle !
Nulle nostalgie dans toutes ces évocations. Tout juste une impression profonde de joie donnée et reçue  sans avoir eu conscience du temps qui passe.
L'important, ce sont les sédiments. Un socle qui se construit chaque jour en vue d'un nouvel horizon à découvrir.

Nanette

dimanche 26 mars 2017

PETITE CHRONIQUE RURALE - 2 - Le printemps du lièvre

Ce dimanche matin la radio m'informe qu'aujourd'hui nous célébrons les gîtes de France. Sans doute ce coup de pub s'explique-t-il par la montée de la sève printanière dans nos artères. Il faut accompagner l'envie d'aller admirer les arbres en bourgeons, les collines fraîchement labourées et les champs de neige toute neuve par un rappel bienvenu en direction de cette Fédération nationale des "Gîtes de France" qui offre des milliers de lieux d'hébergement chez l'habitant qui font l'un des charmes de notre beau pays.
Pourquoi me suis-je sentie concernée par cette annonce radiophonique ? Instantanément j'ai pensé au lièvre. On dit que le lièvre "gîte". Il gîte dans un terrier. Alors vais-je, comme le lièvre, m'enterrer dans un terrier pour y gîter en toute tranquillité ? En toute terreur ? En toute sagesse comme un vieil ermite hindou ?Ou bien, comme le lièvre, vais-je prendre mes pattes à mon cou pour courir le vaste monde, plus vite que la tortue encombrée par sa carapace alourdie par les ans et les préjugés ?
Il y a de la grandeur à rejoindre son gîte pour y méditer, y accueillir ses amis, s'y entourer de musique et de beauté, gratter un lopin de terre pour y voir pousser des fleurs et des tomates, des herbes fines et du basilic.
Il y a du bonheur à reprendre son sac à dos, à être attentif à ses émerveillements insatiables.
Déguster son gîte ; s'émerveiller du monde : un programme lourd de joie pour un lièvre en quête de senteurs printanières...

Nanette


samedi 25 mars 2017

PETITE CHRONIQUE RURALE - 1 Le temps des cartons

25 mars 1957 : signature du Traité de Rome par six pays européens donnant naissance à l'Union Européenne.
25 mars 2017 : naissance de cette "Petite chronique rurale" qui, je l'espère, m'accompagnera tout au long des mois à venir... En toute modestie !
Soixante ans séparent ces deux actes fondateurs ! J'avais seize ans lorsque nos Pères fondateurs de l'Europe conclurent ce traité qui devait nous protéger de nouveaux conflits meurtriers et remettre en état de marche ces pays anéantis et exsangues.
J'en ai 76 aujourd'hui et je m'apprête à vivre une petite, toute petite, révolution personnelle : je quitte la grande ville pour m'installer à la campagne. Exactement l'inverse de ce que font la plupart des "personnes âgées".
Inconscience ? Coup de folie ? Provocation ? Repli sur soi et ses conséquences ? Ou bien besoin de concentration, de légèreté, de liberté ?
On verra. Déjà la douce sensation de l'aventure s'est glissée à nouveau dans mes veines...
Les cartons envahissent le couloir. La date du déménagement est arrêtée. Là-bas, ma maison est prête à m'accueillir...

Nanette 

samedi 17 décembre 2016

Une toute "Petite Poucette"

De ma place, je ne vois que deux toutes petites menottes au bout de tout petits bras d'un tout petit corps -un an peut-être ?- enfoui dans une poussette rouge. Au-dessus de ce tout petit enfant, la maman. Trente ans environ, brune, bien habillée, le regard absent, elle semble lointaine.
Rien que de très banal dans ce bus conduisant au centre-ville. Pourtant, ce qui me frappe, ce sont les petites menottes ; entre les petits doigts potelés, un smartphone sur lequel défilent les images d'une vidéo. Un dessin animé façon Walt Disney. Avec des flashes entre chaque image. L'enfant ne dit rien, il regarde en tenant fermement l'objet entre ses pouces. Je regarde en biais. Le cœur tordu, l'oeil sans doute mauvais. Je fixe la maman. A force, elle va finir par me regarder ! Banco ! J'ai presque honte... Trop facile de jouer les grands mères outragées. De se référer immédiatement mentalement à Michel Serres et à sa "Petite Poucette", ce nouvel humain né de l'essor des nouvelles technologies en train d'envahir notre planète.
Echange de regards entre nous deux. Comme je me sens vieille... Comment me juge-t-elle : un vieux schnok racorni dépassé par son temps ? Une bourge enfermée dans son quant-à-soi ? Une mamie bienveillante qui craint pour ce petit être en devenir ? Au fond, je me fais un film ! Elle n'a rien remarqué du tout, elle se fout totalement de moi !

 N'empêche, Michel Serres me hante, lui le philosophe presque nonagénaire qui a su si bien trouver les arguments plaidant en faveur de "cette ère nouvelle qui verra la victoire de la multitude, anonyme, sur les élites dirigeantes, bien identifiées ; du savoir discuté sur les doctrines enseignées ; d'une société immatérielle librement connectée sur la société du spectacle à sens unique..."
Il n'en n'est pas là, ce petiot, tétine au bec et menottes encombrées. Les images défilent devant ses yeux tout neufs, bien loin de tout esprit critique.
Mais... mais...au bout de quelques minutes, la maman reprend le smartphone et le glisse dans sa poche. Elle fouille dans son sac, en retire une feuille de papier, déniche un crayon et donne le tout au petit bonhomme qui, sans broncher, installe le tout devant lui, toujours dans la poussette rouge, et commence à gribouiller !
Mon cœur bondi de joie.
Et si, après tout, il s'était passé quelque chose entre nous ? Une sorte de transmission "intergénérationnelle" comme disent les sociologues. Juste par la grâce d'un regard échangé...

Nanette

mercredi 7 décembre 2016

Merkel et Hollande à Alep ? Chiche !

Poursuivons notre rêve...
Tant qu'à bousculer toutes les idées reçues, celle qui prétend que François Hollande, ce "capitaine de pédalo" comme le désignait avec mépris Jean-Luc Mélenchon dès le début de son mandat, est incapable de s'imposer face au "boucher de Damas", Bachar El Hassad, celle qui murmure que le couple franco-allemand est déliquescent et qu'Angela Merkel, affaiblie par sa défense des migrants, "joue perso" en quête d'un quatrième mandat de chancelière, osons un événement quasi utopique : voir Angela Merkel rejoindre demain sur le porte-avion Charles de Gaulle le Président de la République française et de là les voir tous les deux s'envoler en hélicoptère vers Alep, ville-martyre livrée aux bombes russes, iraniennes et syriennes alors que tentent de fuir les quelques centaines de milliers d'habitants encore présents. L'un et l'autre iraient porter l'honneur de l'Europe au cœur d'un désastre sans fin et donneraient au monde mieux qu'une belle image médiatique.
Cette démarche de liberté retrouvée face aux géants américain, russe et chinois replacerait l'Europe toute entière, emmenée par ses deux principaux leaders, dans une dynamique de paix véritable et donnerait un nouvel élan à l'espoir que l'on sent sourdre parmi les peuples qui s'expriment dans les urnes européennes.
Alors Mme la Chancelière, M. le Président, chiche ! Allez porter un message de paix fort et sans compromission à Alep ! Vous en reviendrez grandis.

Nanette

mardi 6 décembre 2016

Bernard Cazeneuve : bravo !

Enfin une bonne nouvelle dans cet épisode "jeu de quilles" planétaire qui nous bouleverse depuis quelques semaines !
Le président Hollande vient de nommer Bernard Cazeneuve Premier Ministre en remplacement de Manuel Valls, démissionnaire.
Voilà un homme sur lequel il va être difficile de faire du "Cazeneuve bashing" ! Enfin, espérons-le...
Bernard Cazeneuve, c'est avant tout le ministre de l'Intérieur qui a du affronter les attentats, d'abord celui de Charlie Hebdo en janvier 2015 puis le Bataclan et les terrasses de café le 13 novembre 2015 et encore celui de la Promenade des Anglais à Nice le 14 juillet dernier. Des événements terrifiants qui ont profondément déstabilisé toute la société française.
Dans ces heures plus que dramatiques, jamais Bernard Cazeneuve ne s'est départi de sa maîtrise parfaite et de son sens de l'Etat, jamais il n'a failli devant la presse du monde entier, des familles endeuillées, des forces de police et de l'armée. Jamais la moindre fausse note dans ses prises de décisions, dans sa hauteur de vue et ses analyses à chaud.
En le nommant Premier Ministre pour ces cinq derniers mois du quinquennat, François Hollande ne pouvait pas mieux indiquer à la France qu'il restait maître de la situation dans cette période troublée.
Après les tremblements de terre successifs que furent l'élection de Donald Trump, le Brexit, les retraits de Nicolas Sarkozy, d'Alain Juppé, de François Hollande, de Renzi, il nous arrive trois bonnes nouvelles : l'élection à la présidence autrichienne d'un écolo septuagénaire, la réélection plus que probable d'Angela Merkel comme chancelière d'Allemagne et la nomination de Bernard Cazeneuve comme Premier Ministre de la France.
Allons, l'espoir est au bout du tunnel !

Nanette

dimanche 4 décembre 2016

IVG : M. le Président Hollande, renoncez !

Maintenant que François Hollande a repris sa liberté en renonçant à se présenter pour un second mandat à la présidence de la République, rêvons un peu.

 Il pourrait faire preuve de fermeté politique en imposant son autorité dans une affaire pourtant très claire : le projet de loi de "délit d'entrave numérique" que le gouvernement tente de faire passer à toute vitesse par le Parlement contre des portails alternatifs d'information sur l'IVG.
Sans doute la victoire surprise de François Fillon à la primaire de droite a-t-elle donné des ailes aux adversaires de l'avortement qui en ont profité pour mettre le turbo sur ces sites alertant, sans remettre en cause le droit à l'IVG, des dangers liés à l'avortement et à ses conséquences traumatiques ainsi qu'aux décisions précipitées prises par de jeunes femmes sous diverses pressions. L'un de ces sites intitulé "SOS-IVG" -SOS signifiant "Save Our Souls", "sauvez nos âmes", le message lancé en morse par les naufragés du Titanic- annonce clairement la couleur, ce qui ne saurait s'amalgamer aux sites terrifiants de DAECH et autres portails djihadistes appelant au meurtre et à la décapitation, concernés eux par cette loi !
Pour justifier son texte, le gouvernement prétend que ces portails informatiques sont "coupables de diffuser de fausses informations". On croit rêver ! Comment peut-on, en toute bonne foi, faire un amalgame entre un appel au meurtre et un appel à la vie, prétendre que l'un et l'autre sont du même ordre et doivent être condamnés par la justice ?
Une telle légèreté me laisse sans voix !

A moins que... ce nouveau coup de canif dans les lois de la liberté d'expression ne soit dûment orchestré !
On devrait se battre bec et ongles lorsqu'il s'agit de défendre la publication de caricatures de Mahomet -ce qui est mon cas- ou celle des "unes" iconoclastes de Charlie Hebdo -ce qui est toujours mon cas- mais on devrait interdire des sites internet  défendant la vie d'êtres humains en devenir ?
Je vois là une manipulation idéologique tout à fait insupportable.
Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des Evêques de France, pourtant bien modéré, vient d'écrire au Président de la République, toute polémique politicienne mise à part, lui demandant "de ne pas laisser une telle mesure arriver à son terme".
Y aurait-il en France une liberté d'expression à plusieurs vitesses selon ses convictions philosophiques et morales ?
Comme la liberté, cette valeur fondamentale de notre République est une et indivisible.

Monsieur le Président de la République, la balle est dans votre camp.
Soyez beau joueur, renoncez à ce texte mortifère pour la démocratie !

Nanette

vendredi 2 décembre 2016

François Hollande, Benoît XVI : un même renoncement

Je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement, peut-être incongru : le renoncement du Président de la République François Hollande à se présenter à nouveau à l'élection présidentielle et celui du pape Benoît XVI -on parla alors de renonciation- au trône de saint Pierre sur lequel il était assis.
Deux événements jamais vus jusqu'à lors dans l'Histoire !
Pourquoi un tel rapprochement ?
Dans les deux cas, il me semble qu'il y ait eu une "erreur de casting" dès le départ.

Grand intellectuel, le cardinal Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI, a démontré au cours de son pontificat qu'il n'était pas taillé pour affronter notre monde nouveau et ses bouleversements sociétaux, sa complexité planétaire, ses guerres et ses traumatismes. Il s'est laissé piégé, à Ratisbonne dès les premiers mois, par les caméras du monde entier à l'affût de ses déclarations devant un auditoire universitaire. Le nouveau pape ne savait pas, pas encore, que les medias ne laissent plus de place à l'aparté, à l'explication profonde mais s'accrochent à la moindre petite phrase qui peut "faire le buzz"...  Peu à peu, cet homme de culture, ce passionné de musique, cet immense théologien, écrasé par la masse des problèmes en tout genre, a compris et ressenti le besoin de laisser la place à un autre. Il s'est retiré sur la pointe de ses mules papales, en douceur comme toujours. Et le pape François, infiniment plus aguerri que lui à la vie du monde, a été élu !

Pour François Hollande, je serais tentée de dire que l'erreur de casting est un peu différente. Très proche de tout ce que la France compte de journalistes politiques, bienveillant et plein d'humour, sans doute bon père de famille, il a magnifiquement manœuvré pour être élu Président de la République. Mais la suite de l'histoire a rapidement démontré, et la publication du livre des deux journalistes du Monde, "Ce qu'un Président ne devrait pas dire..." l'illustre merveilleusement, qu'il avait atteint son "principe de Peter", son seuil d'incompétence. La publication de ce livre prouve à elle seule, et je l'ai ressenti dès l'origine, que François Hollande n'avait jamais endossé le costume de Président de la République. Une fonction trop monstrueuse pour lui, exigeant une force de caractère, un appétit de pouvoir digne de Gargantua, un sens de l'abnégation pour tout ce qui ne touche pas à la fonction, autant de traits de caractère qui lui font défaut.
En renonçant hier soir à tenter de réendosser ce costume trop grand pour lui, François Hollande, comme Benoît XVI, a fait preuve de lucidité mais surtout d'humilité et de dignité.
S'il doit rester un temps fort dans l'histoire du quinquennat de François Hollande, décidément trop "normal", ce devrait être ces dix minutes d'intense vérité qui nous ont livré l'image d'un homme à bout de tout, épuisé, vaincu, tel le cerf aux abois faisant face à la meute livrant son dernier combat avant l'hallali.
Le "Hollande-bashing" a eu raison d'un "humain-trop-humain" qui s'était rêvé roi...

Nanette

jeudi 9 juin 2016

SNCF - Les papillons blancs

Grève... Grève... Grève... Notre train "intercités" s'étire le long du quai tel un cortège de chenilles processionnaires... On a ajouté des wagons aux wagons pour permettre à un maximum de passagers de profiter de cet unique train  ralliant Marseille à Bordeaux en ce jour de pénurie.
Me voilà donc confortablement installée dans un siège, en ce lundi matin, gare St-Charles. Je n'ai même pas essayeé de changer mon billet. D'ailleurs dans ces cas-là on ne voit jamais de contrôleur pendant le voyage. Nous partons à l'heure. L'ambiance est calme, détendue. On se parle, on papote avec son voisin. Le temps est superbe alors qu'à Paris et dans tout le nord du pays, c'est la catastrophe ; les inondations, les voitures parties au fil de l'eau, les maisons sous les eaux... Les plus modestes ruinés.
Ne nous plaignons pas. Savourons notre chance d'habiter dans cette partie de la France !
Arles... Nîmes devrait bientôt approcher.
Voilà que le train ralentit, s'arrête en rase campagne. Nous sommes entourés de champs, de bocages, d'herbes hautes. Les minutes passent... Personne ne s'impatiente. Un couple espagnol tente de s'informer ; ils vont à Barcelone et risquent de rater leur correspondance. Une dame leur traduit la situation, tout sereinement. Ah bon ! Ils s'y feront !
Au micro, le conducteur du train nous informe : des manifestants occupent la voie et empêchent notre train de poursuivre sa route. Nous voilà bien !
Le nez collé à la fenêtre, j'admire : des centaines de papillons blancs volètent dans les champs, dansent dans le soleil, caracolent à travers les bosquets. Fraîcheur de la vie éphémère. Ils vont et viennent des deux côtés du train, sans autre souci que de vivre.
La CGT ? Sud-Rail ? La loi travail ? Les pneus en flammes ? Le stations-services asséchées ? Les centrales nucléaires et les raffineries bloquées ? Les tonnes d'ordures sur les trottoirs ? Les avions cloués au sol? Le Louvre et le musée d'Orsay fermés ?
De quoi tu me parles ?
Apprécie la beauté du monde !

Nouvelle info : la police a fait évacuer les manifestants. On va repartir ! Encore une bonne demi-heure et le train s'ébranle en effet. A l'intérieur de mon wagon, personne ne s'est impatienté.
Pendant une heure, j'ai vécu avec eux, ces papillons blancs nés des chenilles processionnaires urticantes détestées de tous... C'était bien, c'était beau, c'était chouette !
Le soir sur mon ordinateur, un mail de la SNCF : elle rembourse tous les billets, y compris ceux non remboursables et non échangeables.
Non mais : faut pas pousser Mémé dans les papillons blancs quand même !
Une heure magique passée au milieu de centaines de papillons blancs, çà vaut bien un billet tout de même !

Nanette

jeudi 19 novembre 2015

ATTENTATS - Houellebecq a perdu

Michel Houellebecq a perdu. Son dernier livre, "Soumission", nous avait glacé le sang. Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, disais-je à mes amis tant il m'avait laissé une profonde impression de descente aux enfers. Une sorte d'anéantissement préludant à l'effondrement total et définitif de la France dont les institutions, et en priorité la Sorbonne, étaient tombées aux mains des islamistes... Un mauvais rêve, disait la 4è de couverture, une fable, disaient les fans de l'écrivain faisant les gorges chaudes dans les salons germanopratins, toujours prompts à se gausser des esprits simples... Le peuple français entrait dans un nouveau modèle de société sans même s'en rendre compte, sans le moindre soubresaut ni la plus légère résistance. En toute inconsistance.
Ce livre, mis en vente en librairie le 7 janvier dernier, le jour de la tuerie à Charlie Hebdo, partit comme des petits pains : plus de 600 000 exemplaires vendus en France, 200 000 en Italie, autant en Allemagne etc.
Et puis il y eut 1e 11 janvier et ses 4 millions de Français dans les rues pour dire "Même pas peur" et "Nous sommes Charlie".

Et puis il y a eu le vendredi 13 novembre... Et ses 129 morts. Et ses 352 blessés. Paris K.O. debout. La France sidérée, pétrifiée, statufiée... Attaquée dans ses fondations les plus spécifiques.
Est-ce que tout allait recommencer ? Les "Même pas peur" criés en tremblant ? Est-ce que Houellebecq aurait gagné ? Serions-nous planqués sous nos couettes, derrière nos volets, annulant nos voyages en train, en avion, n'osant plus prendre le bus ou le métro ? Ne sachant comment parler de tout ce carnage à nos enfants muets d'angoisse ? N'osant plus nous arrêter pour boire un verre à une terrasse, prendre un billet de cinéma ou de théâtre ? Allions-nous, nous aussi, mourir de peur ? "J'ai peur de la peur" disait l'autre matin Jacques Higelin sur France Inter, quelques jours avant ce funeste 13 novembre. Nous y étions.
Et bien non : le scénario ne s'est pas reproduit. Cette fois, c'est toute la France qui a réagi, toutes classes sociales confondues, toutes générations mais surtout, ô enfin ! les plus jeunes. Merveilleux lycéens entonnant spontanément la Marseillaise dans la cour de la Sorbonne -celle-là que Houellebecq avait rebaptisé Université Islamique de la Sorbonne- tandis que François Hollande quittait les lieux après la minute de silence. Merveilleux amis du monde entier illuminant les monuments les plus symboliques de tous les pays des trois couleurs de notre drapeau en hommage à notre culture, à notre histoire, à notre art de vivre... Merveilleux 17 millions de Français qui communient avec les spectateurs du stade de Wembley, à Londres, Anglais et Français chantant ensemble la Marseillaise en préambule à un match de foot. Merveilleux élus de la nation réunis en congrès au château de Versailles pour entendre un discours d'homme d'Etat de François Hollande qui, eux aussi, chantent l'hymne national à pleins poumons ! D'ailleurs, ils n'en finissent plus, nos élus de tous bords, de chanter la Marseillaise : au rassemblement des maires de France, à l'Assemblée Nationale cet après-midi encore. Ils votent des lois à la quasi unanimité : 551 contre 6 aujourd'hui pour étendre l'état d'urgence à 3 mois.

Ce qui me réjouit le cœur, au milieu de tant de désastres et de souffrances, c'est que j'ai le sentiment que tous ces gens ne sont pas morts pour rien. Nous les "vieux", nous avons connu les guerres, les attentats de l'OAS à Paris et tant d'autres. Nous savons que la vie est toujours plus forte que la mort mais que le prix à payer est terrible. Nous connaissons le prix de la liberté et du bonheur de vivre. Nos jeunes le découvrent aujourd'hui et voilà qu'ils nous émerveillent par leur courage, leur esprit de résistance et leur volonté farouche de ne pas céder à la tentation de l'effondrement, chère à Houellebecq...

Nanette

mardi 13 octobre 2015

"J'ai peur de la peur"

Juste une petite réflexion qui me trotte dans la tête depuis hier matin, après avoir entendu le merveilleux entretien, sur France Inter, entre Jacques Higelin et Augustin Trapenard.
- Quelle est votre peur ?" interroge le journaliste.
- J'ai peur de la peur" répond l'artiste, chanteur, compositeur, danseur etc.

Tout est dit dans ces quelques mots.
Pas besoin d'en rajouter. Il suffit d'y repenser, encore et encore...
De quoi, de qui n'ai-je PAS peur ?
Pourquoi ai-je peur ?
D'où me viennent ces peurs ?
Comment me défaire de mes peurs ?
A quoi m'entraînent mes peurs ?

etc, etc...

J'ai le même âge que Jacques Higelin. Je me souviens l'avoir entendu, au tout début des années 60, chanter à "La Vieille Grille", à Paris, avec Brigitte Fontaine. Déjà, ces deux-là ne s'en laissaient pas conter par la bien pensance et le politiquement correct. La liberté leur servait d'oriflamme. 65 ans plus tard, chacun à sa manière, ils poursuivent leur route, flamboyante, spirituelle, riche et fécondante pour les jeunes générations (les deux enfants de Jacques Higelin l'ont suivi sur son chemin artistique).
Alors quand ce grand bonhomme qui dit aimer par-dessus tout "la grâce" et qu'il termine l'entretien matinal en chantant a capella l'une des plus poétiques chansons de Charles Trenet, son chanteur préféré, alors il faut l'entendre quand il dit : "J'ai peur de la peur".
Et s'interroger. Notre époque le commande.

Nanette

vendredi 9 octobre 2015

TUNISIE - Un Nobel de la Paix tellement mérité !

Encore une fois, les jurés du prix Nobel de la Paix ont fait un joli pied-de-nez à tous les pronostiqueurs ! En attribuant leur prix prestigieux au quartet du dialogue national tunisien, ils font preuve d'une magnifique clairvoyance.
On se souvient comment la situation politique s'embourbait, en Tunisie, après l'enthousiasme des premiers mois de la "révolution du jasmin" en 2011, le départ de Ben Ali, les élections qui avaient porté Ennadha au pouvoir, les assassinats de députés, l'envol du chômage et l'écroulement de l'économie. Le vote à la quasi unanimité de la nouvelle Constitution, en janvier 2014, était porteur de grands espoirs mais trop de difficultés internes -la corruption toujours présente, la menace djihadiste, les mésententes des défenseurs d'une laïcité pure et dure- ont failli faire échouer cette belle révolution tunisienne.
C'est alors que la société civile s'est réveillée ; des membres du patronat (UTICA), du très puissant syndicat UGTT (800 000 adhérents), de la Ligue des Droits de l'Homme et de l'Ordre des Avocats se sont réunis en "Quartet du dialogue national" pour proposer des solutions moins conflictuelles politiquement et permettant une remise en route de l'activité économique du pays. Certes rien n'est gagné et les deux attentats meurtriers du musée du Bardo, en mars dernier, puis de Sousse en juin ont montré la fragilité de la mise en place du processus démocratique. Mais dans le contexte international tellement chaotique actuel, la Tunisie est le seul pays qui parvient à force d'intelligence politique et de maturité collective à faire progresser la démocratie pluraliste.
C'est ce courage et cette ténacité lucide qu'ont voulu saluer les jurés du Nobel, donnant ainsi un grand coup de projecteur en direction de ce petit pays de 10 millions d'habitants, plus que jamais un phare à la fois intellectuel et humain au sein du monde arabo-musulman.

Nanette

mardi 6 octobre 2015

SNCF : le prisonnier et le Bon Samaritain

Allons, tout n'est pas perdu ! Après l'invraisemblable tohu-bohu d'Air France, hier,  je me dois de raconter une belle histoire... Enfin !
Dans le train me conduisant à Paris, la semaine dernière, je vois monter, en gare de Brive-la-Gaillarde je crois, un homme d'une quarantaine d'années, petit, mince, en tee-shirt et jeans, sans bagages à l'exception d'un dossier vert sous le bras. Au contrôleur lui réclamant son billet, l'homme répond : "Je sors de prison, je n'ai pas d'argent". Le contrôleur, très simplement, lui établit l'attestation prévue pour ces cas particuliers et lui souhaite "bon voyage".
L'homme s'installe à ma hauteur et, bientôt, il commence à s'agiter, à marcher dans le couloir, à s'asseoir à nouveau. Discrètement, il roule une cigarette à laquelle il ajoute... quelques brins d'herbe et range la cigarette dans sa poche.
A Limoges monte un jeune homme qui s'assied à côté de lui. Grand, 25 ans environ, les cheveux relevés en catogan, d'un calme impressionnant, il commence à lire et à travailler sur un dossier. L'ex-prisonnier entame la conversation, le grand jeune homme répond, reprend sa lecture puis est à nouveau interrompu et poursuit la conversation avec cet homme qui, manifestement, s'est apaisé. Il va à Reims, ne sait trop comment traverser Paris. Le grand jeune homme tire un plan de Paris de son sac à dos et le lui donne en lui indiquant la gare de l'Est. Un couple de quadragénaires, assis au même niveau de l'autre côté du couloir, a entendu la conversation. Lui, donne à l'ex-prisonnier deux tickets de métro, puis un ticket-restaurant et, lorsque le chariot de restauration arrive à notre niveau, offre un jus de fruit à l'ancien détenu qui n'en revient pas de tant de gentillesse : "C'est la première fois qu'on me donne quelque chose" dit-il très ému.
Jusqu'à l'arrivée à Paris, les deux hommes se parleront. Que se sont-ils dit ? Je l'ignore... Ce que je sais, c'est que ces deux-là sont de belles personnes.
En quittant le wagon, j'ai suivi le grand garçon au catogan : sur son sac à dos était accroché un pin's. "Le lien social plutôt que l'évasion fiscale" était-il écrit... Ils sont partis tous les deux, le grand et le petit, côte à côte comme les plus vieux amis du monde.
J'ai rencontré un Bon Samaritain des temps modernes et j'en suis heureuse pour longtemps...

Nanette

lundi 5 octobre 2015

AIR FRANCE : le DRH s'envoie en l'air...

Par quoi commencer : la belle histoire ou la moche histoire ? Allons, soyons zen, débarrassons-nous de la moche pour finir en beauté !
Depuis ce midi passent en boucle, ou presque, des images incroyables : le DRH d'Air France, Xavier Brosseta, en train d'escalader un grillage, torse nu, un morceau de tissu blanc enroulé autour de son bras gauche, poussé aux fesses par deux costauds du service d'ordre d'Air France... Il saute la barrière grillagée comme un vulgaire migrant aux frontières de la Hongrie, de la Serbie, de la Croatie, de l'Allemagne fuyant les atrocités de DAECH et les bombes tous azimuts. Il saute pour protéger sa vie, ce cadre sup, très sup, qui participait à la réunion organisée par la direction et le Comité Central d'Entreprise de la compagnie nationale au cours de laquelle on devait discuter du plan de restructuration de l'entreprise prévoyant 2 900 suppressions d'emplois. "Il a manqué de se faire lyncher" a constaté un délégué CGT présent à la rencontre qui s'est terminée dans la plus grande confusion après l'arrivée imprévue et tonitruante d'une centaine de salariés dans la salle des négociations. Le service d'ordre a du évacuer le pauvre DRH, malmené et déshabillé de force par les contestataires très énervés, pour le mettre à l'abri... Ironie de l'histoire : dans la bagarre, M. Brosseta n'a conservé que sa cravate autour du cou !
Alors quoi : on en est là ? On perd à ce point la boule qu'on en viendrait à tuer un homme pour espérer sauver des emplois ? Le désespoir des salariés a-t-il atteint une telle  profondeur qu'on en a oublié la moindre réaction de civilité ? Ou bien sont-ils manipulés ? Et par qui ?
On en saura davantage, évidemment, après cet incident plus que regrettable.
N'empêche : Air France, notre compagnie nationale, ne sortira pas grandie de cette affaire vraiment détestable !

Un peu de fraîcheur maintenant. Passons à la belle histoire !

Nanette

lundi 17 août 2015

Ma belle Jacquie...

Elle était programmée pour vivre cent ans. Au moins. Pas de cigarette, tout juste ce qu'il faut de bon vin quand on aime la vie, pas de vie dissolue, un passé de championne d'athlétisme et beaucoup d'amour ! De l'amour à gogo, autant donné que reçu. Tout ce dont on a besoin pour vivre longtemps, longtemps...
Et puis voilà : le méchant crabe s'est installé dans son corps, il y a un peu moins de dix mois. Du moins, il a signalé sa présence en octobre dernier. Parce qu'il devait être là, tapi au creux de son ventre depuis bien plus longtemps mais il a laissé à Jacquie le temps de réaliser sa dernière grande action d'amour : acheter un toit à son fils bienaimé, malmené par les circonstances de la vie. Oh, pas un palais mais juste 30 mètres carrés bien situés et suffisamment confortables pour qu'il ne risque plus de se retrouver à la rue une fois sa bonne fée emportée par le tsunami du crabe.
Alors ce matin, nous nous sommes retrouvés au crématorium autour d'un cercueil blanc supportant une photo de notre rayonnante Jacquie. Bien sûr, diront les raisonneurs, Jacquie avait "déjà" 81 ans ! Un bel âge pour partir ! Mais non, quand on diffuse l'amour et l'amitié avec une telle profusion, sans jugement ni limite, quand on donne sans rien demander en échange, les ans n'ont pas de prise. On est l'éternité.
Notre amitié affiche plus de cinquante ans au compteur du bonheur. Nous avons tout partagé : le temps de la jeunesse et des débuts de la vie amoureuse, le temps des premiers vrais chagrins de maternités difficiles ou impossibles, le temps des déchirures et des divorces, celui des belles amours clandestines et des rencontres inespérées ; le temps des grandes discussions passionnées et des bonnes bouffes partagées ; le temps des fêtes en sororité de solitude alors que tous les copains vivent encore en couple... Ah ! la sublime demi-bouteille de champagne dégustée à deux ce dernier 1er janvier alors que tous les nôtres faisaient la fête ailleurs ! Avec toi, jamais d'aigreur ni de nostalgie. Jamais de parole blessante sur tel ou telle. De la bienveillance toujours. Et cette élégance de tous les instants... Une élégance autant vestimentaire que morale. Jamais une plainte face à l'adversité. Entre nous, tes amis si proches, nous nous interrogions : "Mais comment fait-elle pour supporter tout çà ?" Ta passion de la vie m'a toujours laissée bouche bée. Tes coups de tabac, tu les vivais en toute intimité ; tu nous en parlais une fois le gros de la tempête passé et les larmes séchées.
Alors, pourquoi ce départ ?
J'ai le cœur si lourd...

Nanette

lundi 4 mai 2015

Le mariage de Ben Hur

J'en suis encore toute chamboulée.
Hier dimanche, je suis allée à la messe de 11 heures à ma paroisse. Le prêtre, un Africain de Côte d'Ivoire, commence son homélie par ces mots : "Je voudrais vous raconter ce que j'ai vécu hier après-midi pendant un mariage célébré ici, dit-il. Je suis encore k.o., sonné. J'étais devant l'église avec les invités du mariage. Je ne connaissais pas les mariés ; je cherchais à deviner qui ils étaient. Je vois une jeune femme avec une robe pas terrible, façon robe de mariée des années 50. Je ne voyais pas le marié. On entre dans l'église. Tout le monde s'installe. La mariée et le marié aussi. Et là, qu'est-ce que je vois ? Le marié était déguisé en Ben Hur ! Avec une cuirasse, une toge et une couronne de lauriers sur la tête... Et les invités étaient déguisés aussi ! Il paraît que c'était le thème du mariage... J'étais sonné. Qu'est-ce que je devais faire ? Alors à toute vitesse dans ma tête je repense au droit canon concernant le mariage : y a-t-il "empêchement dirimant" avec tromperie sur l'identité de la personne qui rendrait ce mariage nul ? Ces jeunes ont suivi les cours de préparation au mariage ; c'est vrai on ne dit pas aux futurs époux comment ils doivent s'habiller parce que d'habitude pour son mariage une femme met une belle robe blanche et un homme son plus beau costume ! Qu'est-ce que je devais faire ? J'ai attrapé le crucifix qui est sur l'autel et je leur ai dit en le leur montrant : l'esprit de Dieu est ici ! "
Cette anecdote est loin d'être anodine. Elle a quelque chose de terrifiant : comment a-t-on pu en arriver à ce degré d'inculture, d'irrespect, d'inconscience spirituelle au point de se travestir comme au carnaval au moment de se donner le sacrement de mariage ? Je suis sûre que le jeune couple était totalement inconscient du sens de sa mascarade. Sans doute s'étaient-ils présentés devant le maire dans le même appareil, ce qui, à mes yeux, est tout autant condamnable. L'engagement devant les principes républicains a la même force symbolique que devant Dieu.
A qui revient la responsabilité de révéler la sacramentalité du mariage, la puissance d'un engagement à vie "pour le meilleur et pour le pire", le sens du sacré, de la transcendance ?
D'un coup, j'ai mesuré le fossé abyssal qui s'est creusé dans notre société hautement sécularisée entre les générations... "Autrefois", pour la grande majorité nous vivions une religion culturelle, celle de nos parents et grands-parents sans nous poser trop de questions. Aujourd'hui, ceux qui n'ont pas tout envoyé promener interrogent leurs convictions, leurs doutes, réfléchissent et discernent avec honnêteté sur ce qui constitue l'essence de leur foi. D'autres, souvent pour se rassurer ou par convention sociale, éprouvent le besoin d'utiliser les rites sans trop comprendre leur véritable sens. Alors pourquoi pas se déguiser en Ben Hur, ce héros romain du 1er siècle, prince de Judée et conducteur de chars qui, sous les traits du splendide Charlton Heston, fascina des millions de spectateurs vibrant au péplum de William Wyler, le film aux onze Oscars des années 50 ? Qui ne se souvient avec émotion de la célèbre course de chars, clou du film, qui vit le triomphe de Ben Hur superman ?
 Où est le mal ? Pourquoi chercher noise ? C'était super sympa, cette fête de mariage !
Le prêtre, tout k.o. qu'il était, a pris la bonne décision : il n'a pas empêché le mariage, ce qui aurait provoqué un scandale bien plus grand encore. Mais au fond de lui, dans son intimité bouleversée, il éprouvait plus que du malaise... A la fin de la messe, avant de regagner la sacristie, il lance encore à l'assemblée : "Excusez-moi de vous le dire, ne le prenez pas mal mais j'aimerais bien que vous arriviez à l'heure à la messe ! J'ai commencé avec une église à moitié vide. C'est en Afrique qu'on arrive en retard, pas en France ! La France est un pays civilisé !"
Hier, la déchristianisation de la France m'est apparue infiniment plus profonde que je ne pouvais l'imaginer...

Nanette

mercredi 22 avril 2015

Toute honte bue...

Oserai-je ?
Allez, hop ! Je me jette à l'eau...
J'ai... 74 ans et je viens de prendre mes deux premières leçons de natation. Si, si, je vous assure ! Ne rigolez pas. J'en avais par-dessus la tête d'assister impuissante aux ébats aquatiques de mes copines d'aquagym à qui mon MNS favorite, Stéphanie, ordonnaient des parties de jambes en l'air dans l'eau bouillonnante sans pouvoir les imiter. Impossible de me mettre sur le dos dans l'eau, les bras soutenus par deux frites et les guiboles s'agitant frénétiquement hors de l'eau. Toute penaude entre mes frites, je faisais mine, le buste bien droit, comme assise dans l'eau... Mais je voyais bien qu'il me manquait le plaisir de m'abandonner à l'onde pure... Enfin, presque !
Alors n'écoutant que mon courage, et surtout ne disant rien à mon entourage qui aurait gloussé, je m'en vais de bon matin à la piscine municipale retrouver Stéphanie dans un vrai bassin. Pas une pataugeoire améliorée comme à l'aquagym !
Et là, qu'est-ce que je découvre ? Je ne sais pas respirer ! Comment suis-je arrivée à cet âge vénérable sans savoir respirer ? Mystère... Enfin, je ne sais pas respirer comme Laure Manaudou mais sur terre je ne suis pas mauvaise. Même que je prends trop d'air. J'ai une capacité respiratoire presque hors normes ! Je pourrais traverser toute la piscine en apnée. Mais j'arrive à l'autre bout dans un tel état que je suis haletante, au bord de l'asphyxie. Y'a un truc là-dessous ! Je ne comprends pas. Oh que si, je comprends ! Et trop bien.
En fait, j'ai la trouille. La trouille de ne pas avoir assez d'oxygène, donc de mourir. Alors j'en prends plein les poumons et je ne veux pas le lâcher, ce foutu air vital. Stéphanie me fait mettre la tête sous l'eau en vidant peu à peu mon air. Et çà dure, çà dure... J'en ai tellement là-dedans ! Elle me dit : "Tu restes beaucoup trop longtemps sous l'eau ; 9 secondes, c'est trop ! Je vais te taper sur la tête pour que tu remontes au bout de 5 secondes. Ensuite tu ouvres la bouche et tu reprends de l'air. Et tu replonges".
Ca a l'air simple comme bonjour, ce truc. Je m'exerce sous son regard bienveillant. Peu à peu je découvre : pas besoin de prendre un grand bol d'air avant de mettre la tête sous l'eau. Juste comme si j'étais à l'air libre. Mais sous l'eau je fais comme les poissons : un petit rond avec ma bouche pour expulser tout doucement l'air de mes poumons. Et puis je relève la tête, j'ouvre juste un peu la bouche, je reprends une petite goulée et je replonge... Comme un poisson, je vous dis. Il est là, le truc.
Bizarre : je sens qu'il me pousse des branchies... et que mes oreilles... mais non, je divague !
Avant de retrouver Stéphanie dans le bassin, je vais plonger ma tête dans un grand saladier. Et je vais respirer : 5 secondes sous l'eau, une petite goulée à l'air libre, 5 secondes sous l'eau, une petite goulée à l'air libre...
Rendez-vous dans 10 ans aux Jeux Olympiques. Sur les gradins plutôt.

Nanette

mercredi 1 avril 2015

Mona Ozouf, l'ardente...

Elle "culmine" à 1,60 mètre ; sa chevelure blonde encadre un visage d'une finesse plus que ravissante, son regard bleu ne peut mentir, sa voix presque rauque est inoubliable. En apparence,Mona Ozouf pourrait appartenir à la grande bourgeoisie française. Et pourtant...
Elle était hier soir au vieux temple de Toulouse, face à une salle archi-comble composée d'étudiants de Sciences-Po, de classes préparatoires, de lycéens et de centaines de personnes qui, comme moi, sont fascinées par cette "grande dame" de 84 ans qui vient de publier un incontournable ouvrage d'histoire, "De Révolution en République, les chemins de la France" dans la collection Quarto de Gallimard.

Incontournable si l'on veut comprendre quelque chose à ce que vit la France aujourd'hui à la lumière de ce qu'elle fut naguère. "Aujourd'hui, la France que dessine ce livre semble se dérober à nos yeux, écrit-elle... Toutefois, il arrive à l'histoire de réanimer des enjeux engourdis, et l'apparition de menaces inédites peut redonner de l'éclat à des idées qui semblaient avoir perdu leur force inspiratrice".
 En écoutant Mona Ozouf, tout devient lumineux, cohérent, limpide. Envie de dire : "Mais c'est bien sûr ! Evidemment ! Pardi ! Il suffisait d'y penser !" D'y penser, oui. Car l'érudition de l'historienne est immense mais elle sait la faire passer avec une telle subtilité, une telle grâce qu'on ne se sent jamais insulté dans son ignorance. Mona Ozouf donne à penser, à comprendre, à ressentir, à vivre son identité personnelle de l'intérieur en l'écoutant raconter son propre parcours de petite bretonne du bout du Finistère, élevée à la fois par des parents instituteurs laïcs et une grand'mère catholique portant la coiffe du pays de Léon et emmenant la petite Mona à la messe du dimanche et au catéchisme du jeudi. Quelle subtilité dans les mots pour défendre, en creux, cette appartenance biculturelle tout comme la définition de l'identité nationale. Tout est référence à la France actuelle mais rien n'est dit qui puisse choquer ou soulever une polémique stérile. L'intelligence, la réflexion sont sans cesse sollicitées chez l'auditeur, jamais l'agressivité ou la bêtise...

Ardente et passionnée, Mona Ozouf a passé sa vie à travailler avec les plus grands historiens de notre époque : François Furet, Jacques Ozouf son mari, Pierre Nora et tant d'autres. Aujourd'hui, au soir d'une vie hantée par la compréhension de notre monde, Mona Ozouf nous laisse cet ouvrage en forme de  testament. Il aurait sa place dans l'Arche d'Alliance tant il nous ouvre à la fois l'intelligence et le cœur...
1376 pages, 67 documents. 33 euros seulement !

Nanette

mercredi 18 mars 2015

TUNISIE - Pleure, ô pays bien aimé

Je ne sais pourquoi, il me revient en mémoire le titre de ce livre qui marqua profondément mon adolescence : "Pleure, ô pays bien aimé", de l'Africain du Sud Alan Paton.
La Tunisie, les Tunisiens et tous leurs amis vivent l'horreur depuis cet après-midi ; une horreur qu'une fois encore nous avons pu suivre en direct sur BFMTV : l'intrusion de trois faux soldats armés de kalachnikov dans le musée du Bardo, la prise d'otages d'une centaine de touristes et la mort de 22 personnes dont 17 touristes étrangers, d'une femme de ménage du musée, de deux policiers et de deux terroristes, le 3è ayant été attrapé par les policiers.
Voilà résumé en quelques mots et quelques chiffres un événement d'une gravité aussi radicale que ceux que nous avons vécu à Paris les 7, 8 et 9 janvier derniers : l'assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, des clients de l'hyper cascher et de deux policiers.
Alors pourquoi ce livre datant de 1948 et traitant de l'apartheid sud-africain me revient-il de façon lancinante ? A cause sans doute de la beauté de son titre : pleure, ô pays bien aimé.
Oui, pleure, chère Tunisie, pleure sur ta déception immense de voir foulés aux pied, sous les tirs de la kalach mortelle tous les efforts, les trésors d'intelligence et de courage qui se vivent sur ta terre depuis ce magnifique 14 janvier 2011 et son historique "Dégage !" chassant le sinistre Ben Ali.
Pleure sur les ruines qui s'amoncellent jour après jour sur tes espoirs de reconstruction, de renaissance, de remise en route de la démocratie à la tunisienne, c'est-à-dire si différente de la nôtre, corsetée dans notre laïcité gagnée au fil des siècles. C'est trop bête à la fin !
Pays bien aimé aux senteurs de jasmin, au passé millénaire fait de raffinement et de culture, au présent chargé de promesses pour un avenir enfin capable d'associer démocratie, islam et liberté de conscience, ne te laisse pas abattre par le malheur. Tes ennemis sont nos ennemis. On les connait, on tente de les combattre, chacun avec ses armes selon ses responsabilités.
Le peuple tunisien entonnait déjà tout à l'heure, devant le Bardo, cet hymne national qui m'avait tellement ému lorsque je le découvrais chanté par deux mille hommes et femmes au Palais des Congrès de Tunis en mars 2012. Un chant montant de la terre avec la force des vainqueurs, de ceux qui ne se laisseront pas dicter la route à suivre.
Pour la splendeur des mosaïques magnifiées au  Bardo -le plus beau musée qu'il m'ait été donné de voir, avec l'Ermitage- pour la beauté des paysages bibliques des montagnes et des plaines qui ont conservé toute l'histoire de cette contrée, pour la douceur et la chaleur de ces millions de Tunisiens qui ne demandent qu'à vivre en paix, cesse de pleurer, ô ma Tunisie... Sinon, ils auraient gagné !

Nanette