Encore une fois, les jurés du prix Nobel de la Paix ont fait un joli pied-de-nez à tous les pronostiqueurs ! En attribuant leur prix prestigieux au quartet du dialogue national tunisien, ils font preuve d'une magnifique clairvoyance.
On se souvient comment la situation politique s'embourbait, en Tunisie, après l'enthousiasme des premiers mois de la "révolution du jasmin" en 2011, le départ de Ben Ali, les élections qui avaient porté Ennadha au pouvoir, les assassinats de députés, l'envol du chômage et l'écroulement de l'économie. Le vote à la quasi unanimité de la nouvelle Constitution, en janvier 2014, était porteur de grands espoirs mais trop de difficultés internes -la corruption toujours présente, la menace djihadiste, les mésententes des défenseurs d'une laïcité pure et dure- ont failli faire échouer cette belle révolution tunisienne.
C'est alors que la société civile s'est réveillée ; des membres du patronat (UTICA), du très puissant syndicat UGTT (800 000 adhérents), de la Ligue des Droits de l'Homme et de l'Ordre des Avocats se sont réunis en "Quartet du dialogue national" pour proposer des solutions moins conflictuelles politiquement et permettant une remise en route de l'activité économique du pays. Certes rien n'est gagné et les deux attentats meurtriers du musée du Bardo, en mars dernier, puis de Sousse en juin ont montré la fragilité de la mise en place du processus démocratique. Mais dans le contexte international tellement chaotique actuel, la Tunisie est le seul pays qui parvient à force d'intelligence politique et de maturité collective à faire progresser la démocratie pluraliste.
C'est ce courage et cette ténacité lucide qu'ont voulu saluer les jurés du Nobel, donnant ainsi un grand coup de projecteur en direction de ce petit pays de 10 millions d'habitants, plus que jamais un phare à la fois intellectuel et humain au sein du monde arabo-musulman.
Nanette
vendredi 9 octobre 2015
mardi 6 octobre 2015
SNCF : le prisonnier et le Bon Samaritain
Allons, tout n'est pas perdu ! Après l'invraisemblable tohu-bohu d'Air France, hier, je me dois de raconter une belle histoire... Enfin !
Dans le train me conduisant à Paris, la semaine dernière, je vois monter, en gare de Brive-la-Gaillarde je crois, un homme d'une quarantaine d'années, petit, mince, en tee-shirt et jeans, sans bagages à l'exception d'un dossier vert sous le bras. Au contrôleur lui réclamant son billet, l'homme répond : "Je sors de prison, je n'ai pas d'argent". Le contrôleur, très simplement, lui établit l'attestation prévue pour ces cas particuliers et lui souhaite "bon voyage".
L'homme s'installe à ma hauteur et, bientôt, il commence à s'agiter, à marcher dans le couloir, à s'asseoir à nouveau. Discrètement, il roule une cigarette à laquelle il ajoute... quelques brins d'herbe et range la cigarette dans sa poche.
A Limoges monte un jeune homme qui s'assied à côté de lui. Grand, 25 ans environ, les cheveux relevés en catogan, d'un calme impressionnant, il commence à lire et à travailler sur un dossier. L'ex-prisonnier entame la conversation, le grand jeune homme répond, reprend sa lecture puis est à nouveau interrompu et poursuit la conversation avec cet homme qui, manifestement, s'est apaisé. Il va à Reims, ne sait trop comment traverser Paris. Le grand jeune homme tire un plan de Paris de son sac à dos et le lui donne en lui indiquant la gare de l'Est. Un couple de quadragénaires, assis au même niveau de l'autre côté du couloir, a entendu la conversation. Lui, donne à l'ex-prisonnier deux tickets de métro, puis un ticket-restaurant et, lorsque le chariot de restauration arrive à notre niveau, offre un jus de fruit à l'ancien détenu qui n'en revient pas de tant de gentillesse : "C'est la première fois qu'on me donne quelque chose" dit-il très ému.
Jusqu'à l'arrivée à Paris, les deux hommes se parleront. Que se sont-ils dit ? Je l'ignore... Ce que je sais, c'est que ces deux-là sont de belles personnes.
En quittant le wagon, j'ai suivi le grand garçon au catogan : sur son sac à dos était accroché un pin's. "Le lien social plutôt que l'évasion fiscale" était-il écrit... Ils sont partis tous les deux, le grand et le petit, côte à côte comme les plus vieux amis du monde.
J'ai rencontré un Bon Samaritain des temps modernes et j'en suis heureuse pour longtemps...
Nanette
Dans le train me conduisant à Paris, la semaine dernière, je vois monter, en gare de Brive-la-Gaillarde je crois, un homme d'une quarantaine d'années, petit, mince, en tee-shirt et jeans, sans bagages à l'exception d'un dossier vert sous le bras. Au contrôleur lui réclamant son billet, l'homme répond : "Je sors de prison, je n'ai pas d'argent". Le contrôleur, très simplement, lui établit l'attestation prévue pour ces cas particuliers et lui souhaite "bon voyage".
L'homme s'installe à ma hauteur et, bientôt, il commence à s'agiter, à marcher dans le couloir, à s'asseoir à nouveau. Discrètement, il roule une cigarette à laquelle il ajoute... quelques brins d'herbe et range la cigarette dans sa poche.
A Limoges monte un jeune homme qui s'assied à côté de lui. Grand, 25 ans environ, les cheveux relevés en catogan, d'un calme impressionnant, il commence à lire et à travailler sur un dossier. L'ex-prisonnier entame la conversation, le grand jeune homme répond, reprend sa lecture puis est à nouveau interrompu et poursuit la conversation avec cet homme qui, manifestement, s'est apaisé. Il va à Reims, ne sait trop comment traverser Paris. Le grand jeune homme tire un plan de Paris de son sac à dos et le lui donne en lui indiquant la gare de l'Est. Un couple de quadragénaires, assis au même niveau de l'autre côté du couloir, a entendu la conversation. Lui, donne à l'ex-prisonnier deux tickets de métro, puis un ticket-restaurant et, lorsque le chariot de restauration arrive à notre niveau, offre un jus de fruit à l'ancien détenu qui n'en revient pas de tant de gentillesse : "C'est la première fois qu'on me donne quelque chose" dit-il très ému.
Jusqu'à l'arrivée à Paris, les deux hommes se parleront. Que se sont-ils dit ? Je l'ignore... Ce que je sais, c'est que ces deux-là sont de belles personnes.
En quittant le wagon, j'ai suivi le grand garçon au catogan : sur son sac à dos était accroché un pin's. "Le lien social plutôt que l'évasion fiscale" était-il écrit... Ils sont partis tous les deux, le grand et le petit, côte à côte comme les plus vieux amis du monde.
J'ai rencontré un Bon Samaritain des temps modernes et j'en suis heureuse pour longtemps...
Nanette
lundi 5 octobre 2015
AIR FRANCE : le DRH s'envoie en l'air...
Par quoi commencer : la belle histoire ou la moche histoire ? Allons, soyons zen, débarrassons-nous de la moche pour finir en beauté !
Depuis ce midi passent en boucle, ou presque, des images incroyables : le DRH d'Air France, Xavier Brosseta, en train d'escalader un grillage, torse nu, un morceau de tissu blanc enroulé autour de son bras gauche, poussé aux fesses par deux costauds du service d'ordre d'Air France... Il saute la barrière grillagée comme un vulgaire migrant aux frontières de la Hongrie, de la Serbie, de la Croatie, de l'Allemagne fuyant les atrocités de DAECH et les bombes tous azimuts. Il saute pour protéger sa vie, ce cadre sup, très sup, qui participait à la réunion organisée par la direction et le Comité Central d'Entreprise de la compagnie nationale au cours de laquelle on devait discuter du plan de restructuration de l'entreprise prévoyant 2 900 suppressions d'emplois. "Il a manqué de se faire lyncher" a constaté un délégué CGT présent à la rencontre qui s'est terminée dans la plus grande confusion après l'arrivée imprévue et tonitruante d'une centaine de salariés dans la salle des négociations. Le service d'ordre a du évacuer le pauvre DRH, malmené et déshabillé de force par les contestataires très énervés, pour le mettre à l'abri... Ironie de l'histoire : dans la bagarre, M. Brosseta n'a conservé que sa cravate autour du cou !
Alors quoi : on en est là ? On perd à ce point la boule qu'on en viendrait à tuer un homme pour espérer sauver des emplois ? Le désespoir des salariés a-t-il atteint une telle profondeur qu'on en a oublié la moindre réaction de civilité ? Ou bien sont-ils manipulés ? Et par qui ?
On en saura davantage, évidemment, après cet incident plus que regrettable.
N'empêche : Air France, notre compagnie nationale, ne sortira pas grandie de cette affaire vraiment détestable !
Un peu de fraîcheur maintenant. Passons à la belle histoire !
Nanette
Depuis ce midi passent en boucle, ou presque, des images incroyables : le DRH d'Air France, Xavier Brosseta, en train d'escalader un grillage, torse nu, un morceau de tissu blanc enroulé autour de son bras gauche, poussé aux fesses par deux costauds du service d'ordre d'Air France... Il saute la barrière grillagée comme un vulgaire migrant aux frontières de la Hongrie, de la Serbie, de la Croatie, de l'Allemagne fuyant les atrocités de DAECH et les bombes tous azimuts. Il saute pour protéger sa vie, ce cadre sup, très sup, qui participait à la réunion organisée par la direction et le Comité Central d'Entreprise de la compagnie nationale au cours de laquelle on devait discuter du plan de restructuration de l'entreprise prévoyant 2 900 suppressions d'emplois. "Il a manqué de se faire lyncher" a constaté un délégué CGT présent à la rencontre qui s'est terminée dans la plus grande confusion après l'arrivée imprévue et tonitruante d'une centaine de salariés dans la salle des négociations. Le service d'ordre a du évacuer le pauvre DRH, malmené et déshabillé de force par les contestataires très énervés, pour le mettre à l'abri... Ironie de l'histoire : dans la bagarre, M. Brosseta n'a conservé que sa cravate autour du cou !
Alors quoi : on en est là ? On perd à ce point la boule qu'on en viendrait à tuer un homme pour espérer sauver des emplois ? Le désespoir des salariés a-t-il atteint une telle profondeur qu'on en a oublié la moindre réaction de civilité ? Ou bien sont-ils manipulés ? Et par qui ?
On en saura davantage, évidemment, après cet incident plus que regrettable.
N'empêche : Air France, notre compagnie nationale, ne sortira pas grandie de cette affaire vraiment détestable !
Un peu de fraîcheur maintenant. Passons à la belle histoire !
Nanette
lundi 17 août 2015
Ma belle Jacquie...
Elle était programmée pour vivre cent ans. Au moins. Pas de cigarette, tout juste ce qu'il faut de bon vin quand on aime la vie, pas de vie dissolue, un passé de championne d'athlétisme et beaucoup d'amour ! De l'amour à gogo, autant donné que reçu. Tout ce dont on a besoin pour vivre longtemps, longtemps...
Et puis voilà : le méchant crabe s'est installé dans son corps, il y a un peu moins de dix mois. Du moins, il a signalé sa présence en octobre dernier. Parce qu'il devait être là, tapi au creux de son ventre depuis bien plus longtemps mais il a laissé à Jacquie le temps de réaliser sa dernière grande action d'amour : acheter un toit à son fils bienaimé, malmené par les circonstances de la vie. Oh, pas un palais mais juste 30 mètres carrés bien situés et suffisamment confortables pour qu'il ne risque plus de se retrouver à la rue une fois sa bonne fée emportée par le tsunami du crabe.
Alors ce matin, nous nous sommes retrouvés au crématorium autour d'un cercueil blanc supportant une photo de notre rayonnante Jacquie. Bien sûr, diront les raisonneurs, Jacquie avait "déjà" 81 ans ! Un bel âge pour partir ! Mais non, quand on diffuse l'amour et l'amitié avec une telle profusion, sans jugement ni limite, quand on donne sans rien demander en échange, les ans n'ont pas de prise. On est l'éternité.
Notre amitié affiche plus de cinquante ans au compteur du bonheur. Nous avons tout partagé : le temps de la jeunesse et des débuts de la vie amoureuse, le temps des premiers vrais chagrins de maternités difficiles ou impossibles, le temps des déchirures et des divorces, celui des belles amours clandestines et des rencontres inespérées ; le temps des grandes discussions passionnées et des bonnes bouffes partagées ; le temps des fêtes en sororité de solitude alors que tous les copains vivent encore en couple... Ah ! la sublime demi-bouteille de champagne dégustée à deux ce dernier 1er janvier alors que tous les nôtres faisaient la fête ailleurs ! Avec toi, jamais d'aigreur ni de nostalgie. Jamais de parole blessante sur tel ou telle. De la bienveillance toujours. Et cette élégance de tous les instants... Une élégance autant vestimentaire que morale. Jamais une plainte face à l'adversité. Entre nous, tes amis si proches, nous nous interrogions : "Mais comment fait-elle pour supporter tout çà ?" Ta passion de la vie m'a toujours laissée bouche bée. Tes coups de tabac, tu les vivais en toute intimité ; tu nous en parlais une fois le gros de la tempête passé et les larmes séchées.
Alors, pourquoi ce départ ?
J'ai le cœur si lourd...
Nanette
Et puis voilà : le méchant crabe s'est installé dans son corps, il y a un peu moins de dix mois. Du moins, il a signalé sa présence en octobre dernier. Parce qu'il devait être là, tapi au creux de son ventre depuis bien plus longtemps mais il a laissé à Jacquie le temps de réaliser sa dernière grande action d'amour : acheter un toit à son fils bienaimé, malmené par les circonstances de la vie. Oh, pas un palais mais juste 30 mètres carrés bien situés et suffisamment confortables pour qu'il ne risque plus de se retrouver à la rue une fois sa bonne fée emportée par le tsunami du crabe.
Alors ce matin, nous nous sommes retrouvés au crématorium autour d'un cercueil blanc supportant une photo de notre rayonnante Jacquie. Bien sûr, diront les raisonneurs, Jacquie avait "déjà" 81 ans ! Un bel âge pour partir ! Mais non, quand on diffuse l'amour et l'amitié avec une telle profusion, sans jugement ni limite, quand on donne sans rien demander en échange, les ans n'ont pas de prise. On est l'éternité.
Notre amitié affiche plus de cinquante ans au compteur du bonheur. Nous avons tout partagé : le temps de la jeunesse et des débuts de la vie amoureuse, le temps des premiers vrais chagrins de maternités difficiles ou impossibles, le temps des déchirures et des divorces, celui des belles amours clandestines et des rencontres inespérées ; le temps des grandes discussions passionnées et des bonnes bouffes partagées ; le temps des fêtes en sororité de solitude alors que tous les copains vivent encore en couple... Ah ! la sublime demi-bouteille de champagne dégustée à deux ce dernier 1er janvier alors que tous les nôtres faisaient la fête ailleurs ! Avec toi, jamais d'aigreur ni de nostalgie. Jamais de parole blessante sur tel ou telle. De la bienveillance toujours. Et cette élégance de tous les instants... Une élégance autant vestimentaire que morale. Jamais une plainte face à l'adversité. Entre nous, tes amis si proches, nous nous interrogions : "Mais comment fait-elle pour supporter tout çà ?" Ta passion de la vie m'a toujours laissée bouche bée. Tes coups de tabac, tu les vivais en toute intimité ; tu nous en parlais une fois le gros de la tempête passé et les larmes séchées.
Alors, pourquoi ce départ ?
J'ai le cœur si lourd...
Nanette
lundi 4 mai 2015
Le mariage de Ben Hur
J'en suis encore toute chamboulée.
Hier dimanche, je suis allée à la messe de 11 heures à ma paroisse. Le prêtre, un Africain de Côte d'Ivoire, commence son homélie par ces mots : "Je voudrais vous raconter ce que j'ai vécu hier après-midi pendant un mariage célébré ici, dit-il. Je suis encore k.o., sonné. J'étais devant l'église avec les invités du mariage. Je ne connaissais pas les mariés ; je cherchais à deviner qui ils étaient. Je vois une jeune femme avec une robe pas terrible, façon robe de mariée des années 50. Je ne voyais pas le marié. On entre dans l'église. Tout le monde s'installe. La mariée et le marié aussi. Et là, qu'est-ce que je vois ? Le marié était déguisé en Ben Hur ! Avec une cuirasse, une toge et une couronne de lauriers sur la tête... Et les invités étaient déguisés aussi ! Il paraît que c'était le thème du mariage... J'étais sonné. Qu'est-ce que je devais faire ? Alors à toute vitesse dans ma tête je repense au droit canon concernant le mariage : y a-t-il "empêchement dirimant" avec tromperie sur l'identité de la personne qui rendrait ce mariage nul ? Ces jeunes ont suivi les cours de préparation au mariage ; c'est vrai on ne dit pas aux futurs époux comment ils doivent s'habiller parce que d'habitude pour son mariage une femme met une belle robe blanche et un homme son plus beau costume ! Qu'est-ce que je devais faire ? J'ai attrapé le crucifix qui est sur l'autel et je leur ai dit en le leur montrant : l'esprit de Dieu est ici ! "
Cette anecdote est loin d'être anodine. Elle a quelque chose de terrifiant : comment a-t-on pu en arriver à ce degré d'inculture, d'irrespect, d'inconscience spirituelle au point de se travestir comme au carnaval au moment de se donner le sacrement de mariage ? Je suis sûre que le jeune couple était totalement inconscient du sens de sa mascarade. Sans doute s'étaient-ils présentés devant le maire dans le même appareil, ce qui, à mes yeux, est tout autant condamnable. L'engagement devant les principes républicains a la même force symbolique que devant Dieu.
A qui revient la responsabilité de révéler la sacramentalité du mariage, la puissance d'un engagement à vie "pour le meilleur et pour le pire", le sens du sacré, de la transcendance ?
D'un coup, j'ai mesuré le fossé abyssal qui s'est creusé dans notre société hautement sécularisée entre les générations... "Autrefois", pour la grande majorité nous vivions une religion culturelle, celle de nos parents et grands-parents sans nous poser trop de questions. Aujourd'hui, ceux qui n'ont pas tout envoyé promener interrogent leurs convictions, leurs doutes, réfléchissent et discernent avec honnêteté sur ce qui constitue l'essence de leur foi. D'autres, souvent pour se rassurer ou par convention sociale, éprouvent le besoin d'utiliser les rites sans trop comprendre leur véritable sens. Alors pourquoi pas se déguiser en Ben Hur, ce héros romain du 1er siècle, prince de Judée et conducteur de chars qui, sous les traits du splendide Charlton Heston, fascina des millions de spectateurs vibrant au péplum de William Wyler, le film aux onze Oscars des années 50 ? Qui ne se souvient avec émotion de la célèbre course de chars, clou du film, qui vit le triomphe de Ben Hur superman ?
Où est le mal ? Pourquoi chercher noise ? C'était super sympa, cette fête de mariage !
Le prêtre, tout k.o. qu'il était, a pris la bonne décision : il n'a pas empêché le mariage, ce qui aurait provoqué un scandale bien plus grand encore. Mais au fond de lui, dans son intimité bouleversée, il éprouvait plus que du malaise... A la fin de la messe, avant de regagner la sacristie, il lance encore à l'assemblée : "Excusez-moi de vous le dire, ne le prenez pas mal mais j'aimerais bien que vous arriviez à l'heure à la messe ! J'ai commencé avec une église à moitié vide. C'est en Afrique qu'on arrive en retard, pas en France ! La France est un pays civilisé !"
Hier, la déchristianisation de la France m'est apparue infiniment plus profonde que je ne pouvais l'imaginer...
Nanette
Hier dimanche, je suis allée à la messe de 11 heures à ma paroisse. Le prêtre, un Africain de Côte d'Ivoire, commence son homélie par ces mots : "Je voudrais vous raconter ce que j'ai vécu hier après-midi pendant un mariage célébré ici, dit-il. Je suis encore k.o., sonné. J'étais devant l'église avec les invités du mariage. Je ne connaissais pas les mariés ; je cherchais à deviner qui ils étaient. Je vois une jeune femme avec une robe pas terrible, façon robe de mariée des années 50. Je ne voyais pas le marié. On entre dans l'église. Tout le monde s'installe. La mariée et le marié aussi. Et là, qu'est-ce que je vois ? Le marié était déguisé en Ben Hur ! Avec une cuirasse, une toge et une couronne de lauriers sur la tête... Et les invités étaient déguisés aussi ! Il paraît que c'était le thème du mariage... J'étais sonné. Qu'est-ce que je devais faire ? Alors à toute vitesse dans ma tête je repense au droit canon concernant le mariage : y a-t-il "empêchement dirimant" avec tromperie sur l'identité de la personne qui rendrait ce mariage nul ? Ces jeunes ont suivi les cours de préparation au mariage ; c'est vrai on ne dit pas aux futurs époux comment ils doivent s'habiller parce que d'habitude pour son mariage une femme met une belle robe blanche et un homme son plus beau costume ! Qu'est-ce que je devais faire ? J'ai attrapé le crucifix qui est sur l'autel et je leur ai dit en le leur montrant : l'esprit de Dieu est ici ! "
Cette anecdote est loin d'être anodine. Elle a quelque chose de terrifiant : comment a-t-on pu en arriver à ce degré d'inculture, d'irrespect, d'inconscience spirituelle au point de se travestir comme au carnaval au moment de se donner le sacrement de mariage ? Je suis sûre que le jeune couple était totalement inconscient du sens de sa mascarade. Sans doute s'étaient-ils présentés devant le maire dans le même appareil, ce qui, à mes yeux, est tout autant condamnable. L'engagement devant les principes républicains a la même force symbolique que devant Dieu.
A qui revient la responsabilité de révéler la sacramentalité du mariage, la puissance d'un engagement à vie "pour le meilleur et pour le pire", le sens du sacré, de la transcendance ?
D'un coup, j'ai mesuré le fossé abyssal qui s'est creusé dans notre société hautement sécularisée entre les générations... "Autrefois", pour la grande majorité nous vivions une religion culturelle, celle de nos parents et grands-parents sans nous poser trop de questions. Aujourd'hui, ceux qui n'ont pas tout envoyé promener interrogent leurs convictions, leurs doutes, réfléchissent et discernent avec honnêteté sur ce qui constitue l'essence de leur foi. D'autres, souvent pour se rassurer ou par convention sociale, éprouvent le besoin d'utiliser les rites sans trop comprendre leur véritable sens. Alors pourquoi pas se déguiser en Ben Hur, ce héros romain du 1er siècle, prince de Judée et conducteur de chars qui, sous les traits du splendide Charlton Heston, fascina des millions de spectateurs vibrant au péplum de William Wyler, le film aux onze Oscars des années 50 ? Qui ne se souvient avec émotion de la célèbre course de chars, clou du film, qui vit le triomphe de Ben Hur superman ?
Où est le mal ? Pourquoi chercher noise ? C'était super sympa, cette fête de mariage !
Le prêtre, tout k.o. qu'il était, a pris la bonne décision : il n'a pas empêché le mariage, ce qui aurait provoqué un scandale bien plus grand encore. Mais au fond de lui, dans son intimité bouleversée, il éprouvait plus que du malaise... A la fin de la messe, avant de regagner la sacristie, il lance encore à l'assemblée : "Excusez-moi de vous le dire, ne le prenez pas mal mais j'aimerais bien que vous arriviez à l'heure à la messe ! J'ai commencé avec une église à moitié vide. C'est en Afrique qu'on arrive en retard, pas en France ! La France est un pays civilisé !"
Hier, la déchristianisation de la France m'est apparue infiniment plus profonde que je ne pouvais l'imaginer...
Nanette
mercredi 22 avril 2015
Toute honte bue...
Oserai-je ?
Allez, hop ! Je me jette à l'eau...
J'ai... 74 ans et je viens de prendre mes deux premières leçons de natation. Si, si, je vous assure ! Ne rigolez pas. J'en avais par-dessus la tête d'assister impuissante aux ébats aquatiques de mes copines d'aquagym à qui mon MNS favorite, Stéphanie, ordonnaient des parties de jambes en l'air dans l'eau bouillonnante sans pouvoir les imiter. Impossible de me mettre sur le dos dans l'eau, les bras soutenus par deux frites et les guiboles s'agitant frénétiquement hors de l'eau. Toute penaude entre mes frites, je faisais mine, le buste bien droit, comme assise dans l'eau... Mais je voyais bien qu'il me manquait le plaisir de m'abandonner à l'onde pure... Enfin, presque !
Alors n'écoutant que mon courage, et surtout ne disant rien à mon entourage qui aurait gloussé, je m'en vais de bon matin à la piscine municipale retrouver Stéphanie dans un vrai bassin. Pas une pataugeoire améliorée comme à l'aquagym !
Et là, qu'est-ce que je découvre ? Je ne sais pas respirer ! Comment suis-je arrivée à cet âge vénérable sans savoir respirer ? Mystère... Enfin, je ne sais pas respirer comme Laure Manaudou mais sur terre je ne suis pas mauvaise. Même que je prends trop d'air. J'ai une capacité respiratoire presque hors normes ! Je pourrais traverser toute la piscine en apnée. Mais j'arrive à l'autre bout dans un tel état que je suis haletante, au bord de l'asphyxie. Y'a un truc là-dessous ! Je ne comprends pas. Oh que si, je comprends ! Et trop bien.
En fait, j'ai la trouille. La trouille de ne pas avoir assez d'oxygène, donc de mourir. Alors j'en prends plein les poumons et je ne veux pas le lâcher, ce foutu air vital. Stéphanie me fait mettre la tête sous l'eau en vidant peu à peu mon air. Et çà dure, çà dure... J'en ai tellement là-dedans ! Elle me dit : "Tu restes beaucoup trop longtemps sous l'eau ; 9 secondes, c'est trop ! Je vais te taper sur la tête pour que tu remontes au bout de 5 secondes. Ensuite tu ouvres la bouche et tu reprends de l'air. Et tu replonges".
Ca a l'air simple comme bonjour, ce truc. Je m'exerce sous son regard bienveillant. Peu à peu je découvre : pas besoin de prendre un grand bol d'air avant de mettre la tête sous l'eau. Juste comme si j'étais à l'air libre. Mais sous l'eau je fais comme les poissons : un petit rond avec ma bouche pour expulser tout doucement l'air de mes poumons. Et puis je relève la tête, j'ouvre juste un peu la bouche, je reprends une petite goulée et je replonge... Comme un poisson, je vous dis. Il est là, le truc.
Bizarre : je sens qu'il me pousse des branchies... et que mes oreilles... mais non, je divague !
Avant de retrouver Stéphanie dans le bassin, je vais plonger ma tête dans un grand saladier. Et je vais respirer : 5 secondes sous l'eau, une petite goulée à l'air libre, 5 secondes sous l'eau, une petite goulée à l'air libre...
Rendez-vous dans 10 ans aux Jeux Olympiques. Sur les gradins plutôt.
Nanette
Allez, hop ! Je me jette à l'eau...
J'ai... 74 ans et je viens de prendre mes deux premières leçons de natation. Si, si, je vous assure ! Ne rigolez pas. J'en avais par-dessus la tête d'assister impuissante aux ébats aquatiques de mes copines d'aquagym à qui mon MNS favorite, Stéphanie, ordonnaient des parties de jambes en l'air dans l'eau bouillonnante sans pouvoir les imiter. Impossible de me mettre sur le dos dans l'eau, les bras soutenus par deux frites et les guiboles s'agitant frénétiquement hors de l'eau. Toute penaude entre mes frites, je faisais mine, le buste bien droit, comme assise dans l'eau... Mais je voyais bien qu'il me manquait le plaisir de m'abandonner à l'onde pure... Enfin, presque !
Alors n'écoutant que mon courage, et surtout ne disant rien à mon entourage qui aurait gloussé, je m'en vais de bon matin à la piscine municipale retrouver Stéphanie dans un vrai bassin. Pas une pataugeoire améliorée comme à l'aquagym !
Et là, qu'est-ce que je découvre ? Je ne sais pas respirer ! Comment suis-je arrivée à cet âge vénérable sans savoir respirer ? Mystère... Enfin, je ne sais pas respirer comme Laure Manaudou mais sur terre je ne suis pas mauvaise. Même que je prends trop d'air. J'ai une capacité respiratoire presque hors normes ! Je pourrais traverser toute la piscine en apnée. Mais j'arrive à l'autre bout dans un tel état que je suis haletante, au bord de l'asphyxie. Y'a un truc là-dessous ! Je ne comprends pas. Oh que si, je comprends ! Et trop bien.
En fait, j'ai la trouille. La trouille de ne pas avoir assez d'oxygène, donc de mourir. Alors j'en prends plein les poumons et je ne veux pas le lâcher, ce foutu air vital. Stéphanie me fait mettre la tête sous l'eau en vidant peu à peu mon air. Et çà dure, çà dure... J'en ai tellement là-dedans ! Elle me dit : "Tu restes beaucoup trop longtemps sous l'eau ; 9 secondes, c'est trop ! Je vais te taper sur la tête pour que tu remontes au bout de 5 secondes. Ensuite tu ouvres la bouche et tu reprends de l'air. Et tu replonges".
Ca a l'air simple comme bonjour, ce truc. Je m'exerce sous son regard bienveillant. Peu à peu je découvre : pas besoin de prendre un grand bol d'air avant de mettre la tête sous l'eau. Juste comme si j'étais à l'air libre. Mais sous l'eau je fais comme les poissons : un petit rond avec ma bouche pour expulser tout doucement l'air de mes poumons. Et puis je relève la tête, j'ouvre juste un peu la bouche, je reprends une petite goulée et je replonge... Comme un poisson, je vous dis. Il est là, le truc.
Bizarre : je sens qu'il me pousse des branchies... et que mes oreilles... mais non, je divague !
Avant de retrouver Stéphanie dans le bassin, je vais plonger ma tête dans un grand saladier. Et je vais respirer : 5 secondes sous l'eau, une petite goulée à l'air libre, 5 secondes sous l'eau, une petite goulée à l'air libre...
Rendez-vous dans 10 ans aux Jeux Olympiques. Sur les gradins plutôt.
Nanette
mercredi 1 avril 2015
Mona Ozouf, l'ardente...
Elle "culmine" à 1,60 mètre ; sa chevelure blonde encadre un visage d'une finesse plus que ravissante, son regard bleu ne peut mentir, sa voix presque rauque est inoubliable. En apparence,Mona Ozouf pourrait appartenir à la grande bourgeoisie française. Et pourtant...
Elle était hier soir au vieux temple de Toulouse, face à une salle archi-comble composée d'étudiants de Sciences-Po, de classes préparatoires, de lycéens et de centaines de personnes qui, comme moi, sont fascinées par cette "grande dame" de 84 ans qui vient de publier un incontournable ouvrage d'histoire, "De Révolution en République, les chemins de la France" dans la collection Quarto de Gallimard.
Incontournable si l'on veut comprendre quelque chose à ce que vit la France aujourd'hui à la lumière de ce qu'elle fut naguère. "Aujourd'hui, la France que dessine ce livre semble se dérober à nos yeux, écrit-elle... Toutefois, il arrive à l'histoire de réanimer des enjeux engourdis, et l'apparition de menaces inédites peut redonner de l'éclat à des idées qui semblaient avoir perdu leur force inspiratrice".
En écoutant Mona Ozouf, tout devient lumineux, cohérent, limpide. Envie de dire : "Mais c'est bien sûr ! Evidemment ! Pardi ! Il suffisait d'y penser !" D'y penser, oui. Car l'érudition de l'historienne est immense mais elle sait la faire passer avec une telle subtilité, une telle grâce qu'on ne se sent jamais insulté dans son ignorance. Mona Ozouf donne à penser, à comprendre, à ressentir, à vivre son identité personnelle de l'intérieur en l'écoutant raconter son propre parcours de petite bretonne du bout du Finistère, élevée à la fois par des parents instituteurs laïcs et une grand'mère catholique portant la coiffe du pays de Léon et emmenant la petite Mona à la messe du dimanche et au catéchisme du jeudi. Quelle subtilité dans les mots pour défendre, en creux, cette appartenance biculturelle tout comme la définition de l'identité nationale. Tout est référence à la France actuelle mais rien n'est dit qui puisse choquer ou soulever une polémique stérile. L'intelligence, la réflexion sont sans cesse sollicitées chez l'auditeur, jamais l'agressivité ou la bêtise...
Ardente et passionnée, Mona Ozouf a passé sa vie à travailler avec les plus grands historiens de notre époque : François Furet, Jacques Ozouf son mari, Pierre Nora et tant d'autres. Aujourd'hui, au soir d'une vie hantée par la compréhension de notre monde, Mona Ozouf nous laisse cet ouvrage en forme de testament. Il aurait sa place dans l'Arche d'Alliance tant il nous ouvre à la fois l'intelligence et le cœur...
1376 pages, 67 documents. 33 euros seulement !
Nanette
Elle était hier soir au vieux temple de Toulouse, face à une salle archi-comble composée d'étudiants de Sciences-Po, de classes préparatoires, de lycéens et de centaines de personnes qui, comme moi, sont fascinées par cette "grande dame" de 84 ans qui vient de publier un incontournable ouvrage d'histoire, "De Révolution en République, les chemins de la France" dans la collection Quarto de Gallimard.
Incontournable si l'on veut comprendre quelque chose à ce que vit la France aujourd'hui à la lumière de ce qu'elle fut naguère. "Aujourd'hui, la France que dessine ce livre semble se dérober à nos yeux, écrit-elle... Toutefois, il arrive à l'histoire de réanimer des enjeux engourdis, et l'apparition de menaces inédites peut redonner de l'éclat à des idées qui semblaient avoir perdu leur force inspiratrice".
En écoutant Mona Ozouf, tout devient lumineux, cohérent, limpide. Envie de dire : "Mais c'est bien sûr ! Evidemment ! Pardi ! Il suffisait d'y penser !" D'y penser, oui. Car l'érudition de l'historienne est immense mais elle sait la faire passer avec une telle subtilité, une telle grâce qu'on ne se sent jamais insulté dans son ignorance. Mona Ozouf donne à penser, à comprendre, à ressentir, à vivre son identité personnelle de l'intérieur en l'écoutant raconter son propre parcours de petite bretonne du bout du Finistère, élevée à la fois par des parents instituteurs laïcs et une grand'mère catholique portant la coiffe du pays de Léon et emmenant la petite Mona à la messe du dimanche et au catéchisme du jeudi. Quelle subtilité dans les mots pour défendre, en creux, cette appartenance biculturelle tout comme la définition de l'identité nationale. Tout est référence à la France actuelle mais rien n'est dit qui puisse choquer ou soulever une polémique stérile. L'intelligence, la réflexion sont sans cesse sollicitées chez l'auditeur, jamais l'agressivité ou la bêtise...
Ardente et passionnée, Mona Ozouf a passé sa vie à travailler avec les plus grands historiens de notre époque : François Furet, Jacques Ozouf son mari, Pierre Nora et tant d'autres. Aujourd'hui, au soir d'une vie hantée par la compréhension de notre monde, Mona Ozouf nous laisse cet ouvrage en forme de testament. Il aurait sa place dans l'Arche d'Alliance tant il nous ouvre à la fois l'intelligence et le cœur...
1376 pages, 67 documents. 33 euros seulement !
Nanette
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