Je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement, peut-être incongru : le renoncement du Président de la République François Hollande à se présenter à nouveau à l'élection présidentielle et celui du pape Benoît XVI -on parla alors de renonciation- au trône de saint Pierre sur lequel il était assis.
Deux événements jamais vus jusqu'à lors dans l'Histoire !
Pourquoi un tel rapprochement ?
Dans les deux cas, il me semble qu'il y ait eu une "erreur de casting" dès le départ.
Grand intellectuel, le cardinal Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI, a démontré au cours de son pontificat qu'il n'était pas taillé pour affronter notre monde nouveau et ses bouleversements sociétaux, sa complexité planétaire, ses guerres et ses traumatismes. Il s'est laissé piégé, à Ratisbonne dès les premiers mois, par les caméras du monde entier à l'affût de ses déclarations devant un auditoire universitaire. Le nouveau pape ne savait pas, pas encore, que les medias ne laissent plus de place à l'aparté, à l'explication profonde mais s'accrochent à la moindre petite phrase qui peut "faire le buzz"... Peu à peu, cet homme de culture, ce passionné de musique, cet immense théologien, écrasé par la masse des problèmes en tout genre, a compris et ressenti le besoin de laisser la place à un autre. Il s'est retiré sur la pointe de ses mules papales, en douceur comme toujours. Et le pape François, infiniment plus aguerri que lui à la vie du monde, a été élu !
Pour François Hollande, je serais tentée de dire que l'erreur de casting est un peu différente. Très proche de tout ce que la France compte de journalistes politiques, bienveillant et plein d'humour, sans doute bon père de famille, il a magnifiquement manœuvré pour être élu Président de la République. Mais la suite de l'histoire a rapidement démontré, et la publication du livre des deux journalistes du Monde, "Ce qu'un Président ne devrait pas dire..." l'illustre merveilleusement, qu'il avait atteint son "principe de Peter", son seuil d'incompétence. La publication de ce livre prouve à elle seule, et je l'ai ressenti dès l'origine, que François Hollande n'avait jamais endossé le costume de Président de la République. Une fonction trop monstrueuse pour lui, exigeant une force de caractère, un appétit de pouvoir digne de Gargantua, un sens de l'abnégation pour tout ce qui ne touche pas à la fonction, autant de traits de caractère qui lui font défaut.
En renonçant hier soir à tenter de réendosser ce costume trop grand pour lui, François Hollande, comme Benoît XVI, a fait preuve de lucidité mais surtout d'humilité et de dignité.
S'il doit rester un temps fort dans l'histoire du quinquennat de François Hollande, décidément trop "normal", ce devrait être ces dix minutes d'intense vérité qui nous ont livré l'image d'un homme à bout de tout, épuisé, vaincu, tel le cerf aux abois faisant face à la meute livrant son dernier combat avant l'hallali.
Le "Hollande-bashing" a eu raison d'un "humain-trop-humain" qui s'était rêvé roi...
Nanette
vendredi 2 décembre 2016
jeudi 9 juin 2016
SNCF - Les papillons blancs
Grève... Grève... Grève... Notre train "intercités" s'étire le long du quai tel un cortège de chenilles processionnaires... On a ajouté des wagons aux wagons pour permettre à un maximum de passagers de profiter de cet unique train ralliant Marseille à Bordeaux en ce jour de pénurie.
Me voilà donc confortablement installée dans un siège, en ce lundi matin, gare St-Charles. Je n'ai même pas essayeé de changer mon billet. D'ailleurs dans ces cas-là on ne voit jamais de contrôleur pendant le voyage. Nous partons à l'heure. L'ambiance est calme, détendue. On se parle, on papote avec son voisin. Le temps est superbe alors qu'à Paris et dans tout le nord du pays, c'est la catastrophe ; les inondations, les voitures parties au fil de l'eau, les maisons sous les eaux... Les plus modestes ruinés.
Ne nous plaignons pas. Savourons notre chance d'habiter dans cette partie de la France !
Arles... Nîmes devrait bientôt approcher.
Voilà que le train ralentit, s'arrête en rase campagne. Nous sommes entourés de champs, de bocages, d'herbes hautes. Les minutes passent... Personne ne s'impatiente. Un couple espagnol tente de s'informer ; ils vont à Barcelone et risquent de rater leur correspondance. Une dame leur traduit la situation, tout sereinement. Ah bon ! Ils s'y feront !
Au micro, le conducteur du train nous informe : des manifestants occupent la voie et empêchent notre train de poursuivre sa route. Nous voilà bien !
Le nez collé à la fenêtre, j'admire : des centaines de papillons blancs volètent dans les champs, dansent dans le soleil, caracolent à travers les bosquets. Fraîcheur de la vie éphémère. Ils vont et viennent des deux côtés du train, sans autre souci que de vivre.
La CGT ? Sud-Rail ? La loi travail ? Les pneus en flammes ? Le stations-services asséchées ? Les centrales nucléaires et les raffineries bloquées ? Les tonnes d'ordures sur les trottoirs ? Les avions cloués au sol? Le Louvre et le musée d'Orsay fermés ?
De quoi tu me parles ?
Apprécie la beauté du monde !
Nouvelle info : la police a fait évacuer les manifestants. On va repartir ! Encore une bonne demi-heure et le train s'ébranle en effet. A l'intérieur de mon wagon, personne ne s'est impatienté.
Pendant une heure, j'ai vécu avec eux, ces papillons blancs nés des chenilles processionnaires urticantes détestées de tous... C'était bien, c'était beau, c'était chouette !
Le soir sur mon ordinateur, un mail de la SNCF : elle rembourse tous les billets, y compris ceux non remboursables et non échangeables.
Non mais : faut pas pousser Mémé dans les papillons blancs quand même !
Une heure magique passée au milieu de centaines de papillons blancs, çà vaut bien un billet tout de même !
Nanette
Me voilà donc confortablement installée dans un siège, en ce lundi matin, gare St-Charles. Je n'ai même pas essayeé de changer mon billet. D'ailleurs dans ces cas-là on ne voit jamais de contrôleur pendant le voyage. Nous partons à l'heure. L'ambiance est calme, détendue. On se parle, on papote avec son voisin. Le temps est superbe alors qu'à Paris et dans tout le nord du pays, c'est la catastrophe ; les inondations, les voitures parties au fil de l'eau, les maisons sous les eaux... Les plus modestes ruinés.
Ne nous plaignons pas. Savourons notre chance d'habiter dans cette partie de la France !
Arles... Nîmes devrait bientôt approcher.
Voilà que le train ralentit, s'arrête en rase campagne. Nous sommes entourés de champs, de bocages, d'herbes hautes. Les minutes passent... Personne ne s'impatiente. Un couple espagnol tente de s'informer ; ils vont à Barcelone et risquent de rater leur correspondance. Une dame leur traduit la situation, tout sereinement. Ah bon ! Ils s'y feront !
Au micro, le conducteur du train nous informe : des manifestants occupent la voie et empêchent notre train de poursuivre sa route. Nous voilà bien !
Le nez collé à la fenêtre, j'admire : des centaines de papillons blancs volètent dans les champs, dansent dans le soleil, caracolent à travers les bosquets. Fraîcheur de la vie éphémère. Ils vont et viennent des deux côtés du train, sans autre souci que de vivre.
La CGT ? Sud-Rail ? La loi travail ? Les pneus en flammes ? Le stations-services asséchées ? Les centrales nucléaires et les raffineries bloquées ? Les tonnes d'ordures sur les trottoirs ? Les avions cloués au sol? Le Louvre et le musée d'Orsay fermés ?
De quoi tu me parles ?
Apprécie la beauté du monde !
Nouvelle info : la police a fait évacuer les manifestants. On va repartir ! Encore une bonne demi-heure et le train s'ébranle en effet. A l'intérieur de mon wagon, personne ne s'est impatienté.
Pendant une heure, j'ai vécu avec eux, ces papillons blancs nés des chenilles processionnaires urticantes détestées de tous... C'était bien, c'était beau, c'était chouette !
Le soir sur mon ordinateur, un mail de la SNCF : elle rembourse tous les billets, y compris ceux non remboursables et non échangeables.
Non mais : faut pas pousser Mémé dans les papillons blancs quand même !
Une heure magique passée au milieu de centaines de papillons blancs, çà vaut bien un billet tout de même !
Nanette
jeudi 19 novembre 2015
ATTENTATS - Houellebecq a perdu
Michel Houellebecq a perdu. Son dernier livre, "Soumission", nous avait glacé le sang. Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, disais-je à mes amis tant il m'avait laissé une profonde impression de descente aux enfers. Une sorte d'anéantissement préludant à l'effondrement total et définitif de la France dont les institutions, et en priorité la Sorbonne, étaient tombées aux mains des islamistes... Un mauvais rêve, disait la 4è de couverture, une fable, disaient les fans de l'écrivain faisant les gorges chaudes dans les salons germanopratins, toujours prompts à se gausser des esprits simples... Le peuple français entrait dans un nouveau modèle de société sans même s'en rendre compte, sans le moindre soubresaut ni la plus légère résistance. En toute inconsistance.
Ce livre, mis en vente en librairie le 7 janvier dernier, le jour de la tuerie à Charlie Hebdo, partit comme des petits pains : plus de 600 000 exemplaires vendus en France, 200 000 en Italie, autant en Allemagne etc.
Et puis il y eut 1e 11 janvier et ses 4 millions de Français dans les rues pour dire "Même pas peur" et "Nous sommes Charlie".
Et puis il y a eu le vendredi 13 novembre... Et ses 129 morts. Et ses 352 blessés. Paris K.O. debout. La France sidérée, pétrifiée, statufiée... Attaquée dans ses fondations les plus spécifiques.
Est-ce que tout allait recommencer ? Les "Même pas peur" criés en tremblant ? Est-ce que Houellebecq aurait gagné ? Serions-nous planqués sous nos couettes, derrière nos volets, annulant nos voyages en train, en avion, n'osant plus prendre le bus ou le métro ? Ne sachant comment parler de tout ce carnage à nos enfants muets d'angoisse ? N'osant plus nous arrêter pour boire un verre à une terrasse, prendre un billet de cinéma ou de théâtre ? Allions-nous, nous aussi, mourir de peur ? "J'ai peur de la peur" disait l'autre matin Jacques Higelin sur France Inter, quelques jours avant ce funeste 13 novembre. Nous y étions.
Et bien non : le scénario ne s'est pas reproduit. Cette fois, c'est toute la France qui a réagi, toutes classes sociales confondues, toutes générations mais surtout, ô enfin ! les plus jeunes. Merveilleux lycéens entonnant spontanément la Marseillaise dans la cour de la Sorbonne -celle-là que Houellebecq avait rebaptisé Université Islamique de la Sorbonne- tandis que François Hollande quittait les lieux après la minute de silence. Merveilleux amis du monde entier illuminant les monuments les plus symboliques de tous les pays des trois couleurs de notre drapeau en hommage à notre culture, à notre histoire, à notre art de vivre... Merveilleux 17 millions de Français qui communient avec les spectateurs du stade de Wembley, à Londres, Anglais et Français chantant ensemble la Marseillaise en préambule à un match de foot. Merveilleux élus de la nation réunis en congrès au château de Versailles pour entendre un discours d'homme d'Etat de François Hollande qui, eux aussi, chantent l'hymne national à pleins poumons ! D'ailleurs, ils n'en finissent plus, nos élus de tous bords, de chanter la Marseillaise : au rassemblement des maires de France, à l'Assemblée Nationale cet après-midi encore. Ils votent des lois à la quasi unanimité : 551 contre 6 aujourd'hui pour étendre l'état d'urgence à 3 mois.
Ce qui me réjouit le cœur, au milieu de tant de désastres et de souffrances, c'est que j'ai le sentiment que tous ces gens ne sont pas morts pour rien. Nous les "vieux", nous avons connu les guerres, les attentats de l'OAS à Paris et tant d'autres. Nous savons que la vie est toujours plus forte que la mort mais que le prix à payer est terrible. Nous connaissons le prix de la liberté et du bonheur de vivre. Nos jeunes le découvrent aujourd'hui et voilà qu'ils nous émerveillent par leur courage, leur esprit de résistance et leur volonté farouche de ne pas céder à la tentation de l'effondrement, chère à Houellebecq...
Nanette
Ce livre, mis en vente en librairie le 7 janvier dernier, le jour de la tuerie à Charlie Hebdo, partit comme des petits pains : plus de 600 000 exemplaires vendus en France, 200 000 en Italie, autant en Allemagne etc.
Et puis il y eut 1e 11 janvier et ses 4 millions de Français dans les rues pour dire "Même pas peur" et "Nous sommes Charlie".
Et puis il y a eu le vendredi 13 novembre... Et ses 129 morts. Et ses 352 blessés. Paris K.O. debout. La France sidérée, pétrifiée, statufiée... Attaquée dans ses fondations les plus spécifiques.
Est-ce que tout allait recommencer ? Les "Même pas peur" criés en tremblant ? Est-ce que Houellebecq aurait gagné ? Serions-nous planqués sous nos couettes, derrière nos volets, annulant nos voyages en train, en avion, n'osant plus prendre le bus ou le métro ? Ne sachant comment parler de tout ce carnage à nos enfants muets d'angoisse ? N'osant plus nous arrêter pour boire un verre à une terrasse, prendre un billet de cinéma ou de théâtre ? Allions-nous, nous aussi, mourir de peur ? "J'ai peur de la peur" disait l'autre matin Jacques Higelin sur France Inter, quelques jours avant ce funeste 13 novembre. Nous y étions.
Et bien non : le scénario ne s'est pas reproduit. Cette fois, c'est toute la France qui a réagi, toutes classes sociales confondues, toutes générations mais surtout, ô enfin ! les plus jeunes. Merveilleux lycéens entonnant spontanément la Marseillaise dans la cour de la Sorbonne -celle-là que Houellebecq avait rebaptisé Université Islamique de la Sorbonne- tandis que François Hollande quittait les lieux après la minute de silence. Merveilleux amis du monde entier illuminant les monuments les plus symboliques de tous les pays des trois couleurs de notre drapeau en hommage à notre culture, à notre histoire, à notre art de vivre... Merveilleux 17 millions de Français qui communient avec les spectateurs du stade de Wembley, à Londres, Anglais et Français chantant ensemble la Marseillaise en préambule à un match de foot. Merveilleux élus de la nation réunis en congrès au château de Versailles pour entendre un discours d'homme d'Etat de François Hollande qui, eux aussi, chantent l'hymne national à pleins poumons ! D'ailleurs, ils n'en finissent plus, nos élus de tous bords, de chanter la Marseillaise : au rassemblement des maires de France, à l'Assemblée Nationale cet après-midi encore. Ils votent des lois à la quasi unanimité : 551 contre 6 aujourd'hui pour étendre l'état d'urgence à 3 mois.
Ce qui me réjouit le cœur, au milieu de tant de désastres et de souffrances, c'est que j'ai le sentiment que tous ces gens ne sont pas morts pour rien. Nous les "vieux", nous avons connu les guerres, les attentats de l'OAS à Paris et tant d'autres. Nous savons que la vie est toujours plus forte que la mort mais que le prix à payer est terrible. Nous connaissons le prix de la liberté et du bonheur de vivre. Nos jeunes le découvrent aujourd'hui et voilà qu'ils nous émerveillent par leur courage, leur esprit de résistance et leur volonté farouche de ne pas céder à la tentation de l'effondrement, chère à Houellebecq...
Nanette
mardi 13 octobre 2015
"J'ai peur de la peur"
Juste une petite réflexion qui me trotte dans la tête depuis hier matin, après avoir entendu le merveilleux entretien, sur France Inter, entre Jacques Higelin et Augustin Trapenard.
- Quelle est votre peur ?" interroge le journaliste.
- J'ai peur de la peur" répond l'artiste, chanteur, compositeur, danseur etc.
Tout est dit dans ces quelques mots.
Pas besoin d'en rajouter. Il suffit d'y repenser, encore et encore...
De quoi, de qui n'ai-je PAS peur ?
Pourquoi ai-je peur ?
D'où me viennent ces peurs ?
Comment me défaire de mes peurs ?
A quoi m'entraînent mes peurs ?
etc, etc...
J'ai le même âge que Jacques Higelin. Je me souviens l'avoir entendu, au tout début des années 60, chanter à "La Vieille Grille", à Paris, avec Brigitte Fontaine. Déjà, ces deux-là ne s'en laissaient pas conter par la bien pensance et le politiquement correct. La liberté leur servait d'oriflamme. 65 ans plus tard, chacun à sa manière, ils poursuivent leur route, flamboyante, spirituelle, riche et fécondante pour les jeunes générations (les deux enfants de Jacques Higelin l'ont suivi sur son chemin artistique).
Alors quand ce grand bonhomme qui dit aimer par-dessus tout "la grâce" et qu'il termine l'entretien matinal en chantant a capella l'une des plus poétiques chansons de Charles Trenet, son chanteur préféré, alors il faut l'entendre quand il dit : "J'ai peur de la peur".
Et s'interroger. Notre époque le commande.
Nanette
- Quelle est votre peur ?" interroge le journaliste.
- J'ai peur de la peur" répond l'artiste, chanteur, compositeur, danseur etc.
Tout est dit dans ces quelques mots.
Pas besoin d'en rajouter. Il suffit d'y repenser, encore et encore...
De quoi, de qui n'ai-je PAS peur ?
Pourquoi ai-je peur ?
D'où me viennent ces peurs ?
Comment me défaire de mes peurs ?
A quoi m'entraînent mes peurs ?
etc, etc...
J'ai le même âge que Jacques Higelin. Je me souviens l'avoir entendu, au tout début des années 60, chanter à "La Vieille Grille", à Paris, avec Brigitte Fontaine. Déjà, ces deux-là ne s'en laissaient pas conter par la bien pensance et le politiquement correct. La liberté leur servait d'oriflamme. 65 ans plus tard, chacun à sa manière, ils poursuivent leur route, flamboyante, spirituelle, riche et fécondante pour les jeunes générations (les deux enfants de Jacques Higelin l'ont suivi sur son chemin artistique).
Alors quand ce grand bonhomme qui dit aimer par-dessus tout "la grâce" et qu'il termine l'entretien matinal en chantant a capella l'une des plus poétiques chansons de Charles Trenet, son chanteur préféré, alors il faut l'entendre quand il dit : "J'ai peur de la peur".
Et s'interroger. Notre époque le commande.
Nanette
vendredi 9 octobre 2015
TUNISIE - Un Nobel de la Paix tellement mérité !
Encore une fois, les jurés du prix Nobel de la Paix ont fait un joli pied-de-nez à tous les pronostiqueurs ! En attribuant leur prix prestigieux au quartet du dialogue national tunisien, ils font preuve d'une magnifique clairvoyance.
On se souvient comment la situation politique s'embourbait, en Tunisie, après l'enthousiasme des premiers mois de la "révolution du jasmin" en 2011, le départ de Ben Ali, les élections qui avaient porté Ennadha au pouvoir, les assassinats de députés, l'envol du chômage et l'écroulement de l'économie. Le vote à la quasi unanimité de la nouvelle Constitution, en janvier 2014, était porteur de grands espoirs mais trop de difficultés internes -la corruption toujours présente, la menace djihadiste, les mésententes des défenseurs d'une laïcité pure et dure- ont failli faire échouer cette belle révolution tunisienne.
C'est alors que la société civile s'est réveillée ; des membres du patronat (UTICA), du très puissant syndicat UGTT (800 000 adhérents), de la Ligue des Droits de l'Homme et de l'Ordre des Avocats se sont réunis en "Quartet du dialogue national" pour proposer des solutions moins conflictuelles politiquement et permettant une remise en route de l'activité économique du pays. Certes rien n'est gagné et les deux attentats meurtriers du musée du Bardo, en mars dernier, puis de Sousse en juin ont montré la fragilité de la mise en place du processus démocratique. Mais dans le contexte international tellement chaotique actuel, la Tunisie est le seul pays qui parvient à force d'intelligence politique et de maturité collective à faire progresser la démocratie pluraliste.
C'est ce courage et cette ténacité lucide qu'ont voulu saluer les jurés du Nobel, donnant ainsi un grand coup de projecteur en direction de ce petit pays de 10 millions d'habitants, plus que jamais un phare à la fois intellectuel et humain au sein du monde arabo-musulman.
Nanette
On se souvient comment la situation politique s'embourbait, en Tunisie, après l'enthousiasme des premiers mois de la "révolution du jasmin" en 2011, le départ de Ben Ali, les élections qui avaient porté Ennadha au pouvoir, les assassinats de députés, l'envol du chômage et l'écroulement de l'économie. Le vote à la quasi unanimité de la nouvelle Constitution, en janvier 2014, était porteur de grands espoirs mais trop de difficultés internes -la corruption toujours présente, la menace djihadiste, les mésententes des défenseurs d'une laïcité pure et dure- ont failli faire échouer cette belle révolution tunisienne.
C'est alors que la société civile s'est réveillée ; des membres du patronat (UTICA), du très puissant syndicat UGTT (800 000 adhérents), de la Ligue des Droits de l'Homme et de l'Ordre des Avocats se sont réunis en "Quartet du dialogue national" pour proposer des solutions moins conflictuelles politiquement et permettant une remise en route de l'activité économique du pays. Certes rien n'est gagné et les deux attentats meurtriers du musée du Bardo, en mars dernier, puis de Sousse en juin ont montré la fragilité de la mise en place du processus démocratique. Mais dans le contexte international tellement chaotique actuel, la Tunisie est le seul pays qui parvient à force d'intelligence politique et de maturité collective à faire progresser la démocratie pluraliste.
C'est ce courage et cette ténacité lucide qu'ont voulu saluer les jurés du Nobel, donnant ainsi un grand coup de projecteur en direction de ce petit pays de 10 millions d'habitants, plus que jamais un phare à la fois intellectuel et humain au sein du monde arabo-musulman.
Nanette
mardi 6 octobre 2015
SNCF : le prisonnier et le Bon Samaritain
Allons, tout n'est pas perdu ! Après l'invraisemblable tohu-bohu d'Air France, hier, je me dois de raconter une belle histoire... Enfin !
Dans le train me conduisant à Paris, la semaine dernière, je vois monter, en gare de Brive-la-Gaillarde je crois, un homme d'une quarantaine d'années, petit, mince, en tee-shirt et jeans, sans bagages à l'exception d'un dossier vert sous le bras. Au contrôleur lui réclamant son billet, l'homme répond : "Je sors de prison, je n'ai pas d'argent". Le contrôleur, très simplement, lui établit l'attestation prévue pour ces cas particuliers et lui souhaite "bon voyage".
L'homme s'installe à ma hauteur et, bientôt, il commence à s'agiter, à marcher dans le couloir, à s'asseoir à nouveau. Discrètement, il roule une cigarette à laquelle il ajoute... quelques brins d'herbe et range la cigarette dans sa poche.
A Limoges monte un jeune homme qui s'assied à côté de lui. Grand, 25 ans environ, les cheveux relevés en catogan, d'un calme impressionnant, il commence à lire et à travailler sur un dossier. L'ex-prisonnier entame la conversation, le grand jeune homme répond, reprend sa lecture puis est à nouveau interrompu et poursuit la conversation avec cet homme qui, manifestement, s'est apaisé. Il va à Reims, ne sait trop comment traverser Paris. Le grand jeune homme tire un plan de Paris de son sac à dos et le lui donne en lui indiquant la gare de l'Est. Un couple de quadragénaires, assis au même niveau de l'autre côté du couloir, a entendu la conversation. Lui, donne à l'ex-prisonnier deux tickets de métro, puis un ticket-restaurant et, lorsque le chariot de restauration arrive à notre niveau, offre un jus de fruit à l'ancien détenu qui n'en revient pas de tant de gentillesse : "C'est la première fois qu'on me donne quelque chose" dit-il très ému.
Jusqu'à l'arrivée à Paris, les deux hommes se parleront. Que se sont-ils dit ? Je l'ignore... Ce que je sais, c'est que ces deux-là sont de belles personnes.
En quittant le wagon, j'ai suivi le grand garçon au catogan : sur son sac à dos était accroché un pin's. "Le lien social plutôt que l'évasion fiscale" était-il écrit... Ils sont partis tous les deux, le grand et le petit, côte à côte comme les plus vieux amis du monde.
J'ai rencontré un Bon Samaritain des temps modernes et j'en suis heureuse pour longtemps...
Nanette
Dans le train me conduisant à Paris, la semaine dernière, je vois monter, en gare de Brive-la-Gaillarde je crois, un homme d'une quarantaine d'années, petit, mince, en tee-shirt et jeans, sans bagages à l'exception d'un dossier vert sous le bras. Au contrôleur lui réclamant son billet, l'homme répond : "Je sors de prison, je n'ai pas d'argent". Le contrôleur, très simplement, lui établit l'attestation prévue pour ces cas particuliers et lui souhaite "bon voyage".
L'homme s'installe à ma hauteur et, bientôt, il commence à s'agiter, à marcher dans le couloir, à s'asseoir à nouveau. Discrètement, il roule une cigarette à laquelle il ajoute... quelques brins d'herbe et range la cigarette dans sa poche.
A Limoges monte un jeune homme qui s'assied à côté de lui. Grand, 25 ans environ, les cheveux relevés en catogan, d'un calme impressionnant, il commence à lire et à travailler sur un dossier. L'ex-prisonnier entame la conversation, le grand jeune homme répond, reprend sa lecture puis est à nouveau interrompu et poursuit la conversation avec cet homme qui, manifestement, s'est apaisé. Il va à Reims, ne sait trop comment traverser Paris. Le grand jeune homme tire un plan de Paris de son sac à dos et le lui donne en lui indiquant la gare de l'Est. Un couple de quadragénaires, assis au même niveau de l'autre côté du couloir, a entendu la conversation. Lui, donne à l'ex-prisonnier deux tickets de métro, puis un ticket-restaurant et, lorsque le chariot de restauration arrive à notre niveau, offre un jus de fruit à l'ancien détenu qui n'en revient pas de tant de gentillesse : "C'est la première fois qu'on me donne quelque chose" dit-il très ému.
Jusqu'à l'arrivée à Paris, les deux hommes se parleront. Que se sont-ils dit ? Je l'ignore... Ce que je sais, c'est que ces deux-là sont de belles personnes.
En quittant le wagon, j'ai suivi le grand garçon au catogan : sur son sac à dos était accroché un pin's. "Le lien social plutôt que l'évasion fiscale" était-il écrit... Ils sont partis tous les deux, le grand et le petit, côte à côte comme les plus vieux amis du monde.
J'ai rencontré un Bon Samaritain des temps modernes et j'en suis heureuse pour longtemps...
Nanette
lundi 5 octobre 2015
AIR FRANCE : le DRH s'envoie en l'air...
Par quoi commencer : la belle histoire ou la moche histoire ? Allons, soyons zen, débarrassons-nous de la moche pour finir en beauté !
Depuis ce midi passent en boucle, ou presque, des images incroyables : le DRH d'Air France, Xavier Brosseta, en train d'escalader un grillage, torse nu, un morceau de tissu blanc enroulé autour de son bras gauche, poussé aux fesses par deux costauds du service d'ordre d'Air France... Il saute la barrière grillagée comme un vulgaire migrant aux frontières de la Hongrie, de la Serbie, de la Croatie, de l'Allemagne fuyant les atrocités de DAECH et les bombes tous azimuts. Il saute pour protéger sa vie, ce cadre sup, très sup, qui participait à la réunion organisée par la direction et le Comité Central d'Entreprise de la compagnie nationale au cours de laquelle on devait discuter du plan de restructuration de l'entreprise prévoyant 2 900 suppressions d'emplois. "Il a manqué de se faire lyncher" a constaté un délégué CGT présent à la rencontre qui s'est terminée dans la plus grande confusion après l'arrivée imprévue et tonitruante d'une centaine de salariés dans la salle des négociations. Le service d'ordre a du évacuer le pauvre DRH, malmené et déshabillé de force par les contestataires très énervés, pour le mettre à l'abri... Ironie de l'histoire : dans la bagarre, M. Brosseta n'a conservé que sa cravate autour du cou !
Alors quoi : on en est là ? On perd à ce point la boule qu'on en viendrait à tuer un homme pour espérer sauver des emplois ? Le désespoir des salariés a-t-il atteint une telle profondeur qu'on en a oublié la moindre réaction de civilité ? Ou bien sont-ils manipulés ? Et par qui ?
On en saura davantage, évidemment, après cet incident plus que regrettable.
N'empêche : Air France, notre compagnie nationale, ne sortira pas grandie de cette affaire vraiment détestable !
Un peu de fraîcheur maintenant. Passons à la belle histoire !
Nanette
Depuis ce midi passent en boucle, ou presque, des images incroyables : le DRH d'Air France, Xavier Brosseta, en train d'escalader un grillage, torse nu, un morceau de tissu blanc enroulé autour de son bras gauche, poussé aux fesses par deux costauds du service d'ordre d'Air France... Il saute la barrière grillagée comme un vulgaire migrant aux frontières de la Hongrie, de la Serbie, de la Croatie, de l'Allemagne fuyant les atrocités de DAECH et les bombes tous azimuts. Il saute pour protéger sa vie, ce cadre sup, très sup, qui participait à la réunion organisée par la direction et le Comité Central d'Entreprise de la compagnie nationale au cours de laquelle on devait discuter du plan de restructuration de l'entreprise prévoyant 2 900 suppressions d'emplois. "Il a manqué de se faire lyncher" a constaté un délégué CGT présent à la rencontre qui s'est terminée dans la plus grande confusion après l'arrivée imprévue et tonitruante d'une centaine de salariés dans la salle des négociations. Le service d'ordre a du évacuer le pauvre DRH, malmené et déshabillé de force par les contestataires très énervés, pour le mettre à l'abri... Ironie de l'histoire : dans la bagarre, M. Brosseta n'a conservé que sa cravate autour du cou !
Alors quoi : on en est là ? On perd à ce point la boule qu'on en viendrait à tuer un homme pour espérer sauver des emplois ? Le désespoir des salariés a-t-il atteint une telle profondeur qu'on en a oublié la moindre réaction de civilité ? Ou bien sont-ils manipulés ? Et par qui ?
On en saura davantage, évidemment, après cet incident plus que regrettable.
N'empêche : Air France, notre compagnie nationale, ne sortira pas grandie de cette affaire vraiment détestable !
Un peu de fraîcheur maintenant. Passons à la belle histoire !
Nanette
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