mardi 1 octobre 2013

Mon mari d'antan

L'appellation "mon ex", "ton ex" m'a toujours mise mal à l'aise. Comme si le conjoint -car c'est de lui, d'elle qu'il s'agit- avait été jeté comme un vulgaire kleenex. Hop ! à la poubelle. Comme si tous les événements, heureux ou malheureux, vécus ensemble tombaient tout droit dans les oubliettes de l'Histoire...
Non. Il faut être bien innocent des choses du cœur pour croire qu'il est anodin de se séparer de celui ou de celle dont on a partagé la vie. Même momentanément.
Dire "mon ex" me semble d'une désinvolture coupable. Sans mesurer la profondeur d'un chagrin, d'un désespoir même qui peut assombrir la vie de l'autre pour de nombreuses années. Pour toujours, souvent.
Une jeune amie vient de me donner une partie de la résolution de ce douloureux problème : le mari envolé, ou la femme évaporée, s'appelle désormais "mon mari d'antan", "ma femme d'antan". Merveilleuse utilisation des mots !
Il reste "mon" (pour l'éternité diront les croyants convaincus), "mari" (du moins pour ceux qui sont passés devant M. le maire et éventuellement M. le curé) et devient "d'antan" plutôt que"ex", ce qui vous a tout de même une autre allure, avec ce petit parfum désuet fleurant bon la littérature et les belles manières ; çà vous a un petit côté Paul Géraldy qui vous fait ravaler vos larmes...
Et puis voilà que ressurgit à la mémoire cette inoubliable ballade de François Villon si bellement chantée par l'ami Brassens "... mais où sont les neiges d'antan..."
La ballade des dames du temps jadis...
Mon mari de jadis !

Nanette

mardi 17 septembre 2013

Maudit Noël !

L'automne n'est pas encore là mais, déjà, dans les esprits, nombreux sommes-nous à penser à Noël. Pas aux vacances, non ! Nous en sortons à peine. Et il y a celles de la Toussaint qui déjà pointent le bout de leur nez.
Ce que j'entends ici et là, surtout chez mes amies de ma génération, c'est une sorte de souffrance très discrète, tue le plus souvent, mais enkystée dans le cœur : "Et toi, que vas-tu faire à Noël ?" Que de tristesse derrière cette interrogation apparemment anodine ! Que de désillusions élégamment cachées derrière un bel esprit d'indépendance qui en bluffe plus d'un !
Amies de cœur, sœurs choisies pour votre courage et votre capacité à dissimuler vos larmes, comme je vous comprends et vous aime ! Déjà on parle autour de nous de réunion de famille dans la belle propriété de campagne, toutes générations rassemblées ; à l'étage des enfants, on découvre que les uns partent à Cuba, d'autres aux Canaries ou aux îles du Cap Vert ; les billets sont pris depuis longtemps pour peser moins lourds sur les finances. D'autres encore ont retenu un gite dans une station de ski où ils retrouveront une bande d'amis.
On nous en a averti à temps pour qu'on puisse "prendre nos dispositions"...
Alors, puisqu'on sait, pourquoi ce gros pincement au cœur qui, jusqu'à Noël, ne nous quittera plus ?
La réponse est très simple : Noël, c'est avant tout LA fête de notre enfance. La petite enfance, celle qui compte dans les souvenirs. Celle qui va jusqu'à l'adolescence. Parce qu'après, ce n'est plus pareil. Les parents ont perdu cet aura qui nous émerveillait. Souvent, ce sont même devenus des ennemis, éphémères certes, mais sacrément encombrants.
Mes Noëls à moi, c'est tout bête : c'est, bien encapuchonnée,  les 2 kms à pied sur la route enneigée qui nous conduisait à l'église de notre village de Normandie pour entendre chanter "Minuit chrétien" et "Il est né, le divin enfant" puis le retour dans notre grande maison froide, sans chauffage ni eau courante. C'est ensuite le chocolat chaud dans lequel nous trempions les tranches de cramique, ce gros gâteau du Nord confectionné chaque Noël par Maman et que tous, les 5 enfants et les parents, nous dégustions avec la même gourmandise qu'un foie gras arrosé de Sauternes...Après ce réveillon inoubliable, nous allions nous coucher après que Papa eut bassiné chacun de nos lits.
 C'est encore les cadeaux ! Parlons-en de ceux-là. Chacun raconte ses souvenirs d'orange entourée d'un bolduc ou d'un crayon de couleur transfiguré en stylo Mont-Blanc tout en or...
Oui, nous avons connu ces temps d'après-guerre mais nous ne savions pas que nous vivions chichement. Et personne ne me fera oublier la grande joie des parents au matin de Noël où chacun de nous, les enfants, se mettait à quatre pattes devant la porte ouverte du poêle à bois en criant de toutes nos forces : "Merci, Père Noël !"
Oui, je sais, chacun peut raconter de tels souvenirs.
Mais à qui les raconter quand les familles s'éparpillent aux quatre coins de la planète, quand il faut se partager entre les familles décomposées-recomposées, les vraies belles-mères et les fausses grand'mères ?
Maudit Noël, diraient les Québécois comme ils disent "maudits Français" à nos compatriotes trop arrogants.
Maudit Noël pour toutes celles qui devront, encore une fois, faire preuve de courage et garder la tête haute pour ne pas pleurer.

Nanette

vendredi 26 juillet 2013

TUNISIE : le projet de Constitution au crible du Conseil de l'Europe

Avec ce nouvel assassinat d'un leader politique de l'opposition de gauche, hier à Tunis, les esprits à nouveau s'enflamment et l'installation d'une démocratie apaisée apparaît plus fragile que jamais. Certes la Tunisie n'est pas l'Egypte et on peut légitimement espérer que le sens de la négociation et du compromis l'emporteront sur le chaos mais je voudrais proposer aux commentateurs, journalistes, politologues et experts de tous calibres de lire in extenso, pour une fois, le document passionnant que le Conseil de l'Europe via la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise) vient de rédiger à la demande du Président de l'Assemblée Nationale Constituante (ANC), M. Mustapha Ben Jaafar.
Le 3 juin dernier, M. Ben Jaafar a sollicité l'avis de la Commission de Venise, composée de onze juristes experts européens, sur le projet final de la constitution de la République tunisienne, sur laquelle travaillent les députés de l'ANC depuis plus d'un an et demi. Ce rapport long de 40 pages analyse dans le détail la totalité des articles rédigés par les députés tunisiens et y apporte des observations tout à fait passionnantes. Les rapporteurs proposent "certaines suggestions ne visant qu'à apporter une assistance à l'Assemblée Constituante" peut-on lire dans le préambule de ce rapport d'une extraordinaire finesse et rigueur juridiques. Si les députés tunisiens tiennent compte de ces suggestions et observations, la nouvelle constitution serait alors parfaitement conforme aux principes démocratiques qui régissent le droit international tout en acceptant que l'islam soit reconnu comme "religion du pays". La Tunisie deviendrait sans conteste le premier pays arabe à accéder véritablement au rang des démocraties modernes.
Les rapporteurs européens ont rendu leur copie le 17 juillet pour que les travaux de l'ANC concernant cette constitution puissent être terminés avant octobre 2013.
Le texte intégral de ce rapport de la Commission de Venise est accessible sur internet ! Il suffit d'avoir envie de le lire...
A longueur de journée, et plus particulièrement depuis l'assassinat hier de Mohamed Bramhi, on entend dire que le projet de constitution est au point mort, que les députés de l'ANC s'occupent de bien d'autres choses que de la constitution, que chacun  tire à hue et à dia pour freiner le processus démocratique etc... Tout cela est certainement vrai.
Mais il m'a semblé tout de même intéressant de prouver que des travaux sérieux et honnêtes intellectuellement sont réalisés, loin des agitations politico-médiatiques...
Ce rapport est à consommer sans modération !

Nanette

lundi 22 juillet 2013

Le doigt de Christopher

Cet homme-là ne peut pas être un tricheur. On aura beau analyser son sang, ses urines et Dieu sait quoi encore, Christopher Froome ne sera pas convaincu de dopage, j'en mettrais presque ma tête sur le billot...
Pourquoi une telle certitude alors qu'il faut attendre trois semaines pour que les laboratoires détenteurs des précieux prélèvements rendent leur verdict ? Parce que Christopher Froome, vainqueur du 100è Tour de France, s'est émerveillé comme un enfant, hier soir sur les Champs-Elysées. Remontant les Champs à toute allure alors que le soleil embrasait l'Arc de Triomphe, il leva soudain la tête et pointa du doigt la patrouille de France qui survolait la plus belle avenue du monde en laissant dans le ciel ces longs lacets de fumée tricolores que l'on connait si bien.
Emerveillé comme le petit prince devant sa rose, Christopher Froome semblait ne plus ressentir la fatigue accumulée tout au long de ces 3404 kilomètres qu'il venait d'avaler avec une facilité déconcertante pendant ces trois semaines. A-t-il triché ? S'est-il dopé avec tant de discrétion qu'il puisse passer à travers les mailles des filets les plus efficaces ?
Ce doigt d'enfant plein de fraîcheur, ce regard émerveillé et, un peu plus tard sur le podium des vainqueurs, ce sourire éclatant de gentillesse et comme surpris par tant de bonheur ne peuvent pas appartenir à un vilain garçon ! Et que dire de sa douce fiancée, elle aussi fraîche comme une rose énamourée, si bellement accordée à lui ?
Il vient de Johannesburg, l'une des villes les plus dangereuses du monde, il a 28 ans, il a tenu tête aux sifflets, aux injures entendus sur le Tour contre lui qu'on soupçonnait de dopage après l'avoir vu s'envoler au mont Ventoux ; malgré tout il a gagné de la plus belle manière, avec la grâce, le charme d'un athlète irréprochable.

Nanette

mardi 28 mai 2013

Le Sacre du printemps, enfin !

C'était il y a un siècle. Cent ans tout ronds !
Le 29 mai 1913, sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées à Paris, Igor Stravinsky donnait en création mondiale son "Sacre du printemps" dansé par le génial Nijinski, et le tout-Paris culturel s'enflammait contre cette œuvre révolutionnaire, véritable hymne païen rendu à la nature. On eut droit à une nouvelle "bataille d'Hernani", déclenchée quelques années plus tôt entre les partisans et les adversaires de Victor Hugo, auteur de cette pièce qui restera dans l'histoire littéraire du XIX ème siècle comme "la querelle des anciens et des modernes".
Plus personne aujourd'hui n'aurait l'idée ou l'envie de contester le chef d'œuvre de Stravinsky dont il existe plus de deux cents chorégraphies différentes à travers le monde. Les deux plus fascinantes étant encore celle de Maurice Béjart, datant de 1959, et celle d'une beauté absolue, de Pina Bausch, écrite en 1975. Et comment oublier la version dirigée par Pierre Boulez à la tête de l'orchestre de Cleveland, devenue la référence incontournable.

Cent ans ont passé. Avec eux, deux guerres mondiales ayant fait 70 millions de morts.
Et nous voilà, nous Français, affrontés à une nouvelle "bataille d'Hernani", certes au petit pied mais tout de même... Qui sont les "anciens" ? Qui sont les "modernes" dans ces affrontements à répétition autour de la loi instaurant le mariage pour tous ? Depuis six mois, nous nous étripons, nous débattons, nous ferraillons, dans les rues, au Parlement, dans des débats médiatiques sans fin, dans les familles et dans toutes les chaumières de France et de Navarre autour d'une question qui concerne... 0,6% des couples. Décidément, la France est un pays bien étrange...
Le temps, là aussi, "fera son œuvre" et les jeunes générations d'enfants des beaux quartiers, de la moyenne bourgeoisie de province, de toute cette France profonde d'habitude muette qui défilent sous les bannières de la "manif pour tous", vont découvrir les joies de l'engagement, du débat politique, des discussions passionnées autour de grandes questions sociétales. Tous ceux que nous avons vus, sur l'Esplanade des Invalides, au Champ-de-Mars, dans les rues parisiennes, enfants sur les épaules, poussettes en avant, drapeaux et oriflammes fièrement balancés au vent de l'histoire constituent maintenant une force vive dont il faudra tenir compte.
Peut-être s'agit-il d'un mouvement de fond ? Peut-être n'est-ce qu'un feu de paille que certains s'empresseront de récupérer politiquement ? Difficile de faire un pronostic.
L'Eglise de France ne sort pas grandie de cette affaire ; trop d'évêques se sont investis dans ces actions partisanes. Ils auraient du se limiter à leur prise de position initiale collective rappelant les fondamentaux de l'institution sans omettre les principes évangéliques.
Mais tandis que se déroule cette bataille dans un verre d'eau, la barbarie s'étale sur nos écrans : des fous d'Allah font sauter des voitures piégées un peu partout dans le monde, un soldat britannique est assassiné en pleine rue à Londres à coups de hachoir de boucher, des marathoniens meurent à New York par la folie de jeunes illuminés, des enfants sont pris en otage dans des écoles et on compte déjà cent mille morts en Syrie, face à un Occident tétanisé et impuissant.

Alors, oui, que vive le Sacre du printemps, cet hymne à la Vie dans ce qu'elle a de plus radical, de plus exigeant, de plus exaltant. Elle est notre origine et notre joie.

Nanette

jeudi 23 mai 2013

Maréchal, nous voilà !

Dimanche prochain, 26 mai, venant de toute la France,  ils vont déferler sur Paris par TGV entiers. Des centaines de milliers de papas, de mamans, d'enfants dans les bras, les poussettes occuperont le pavé pour défendre la famille traditionnelle. Ce sera une nouvelle fois "la manif pour tous".
Bon, on commence à être habitués. La loi sur le mariage pour tous est votée, le Conseil Constitutionnel a donné un avis favorable, le Président de la République a promulgué la loi mais eux, les farouches, les indéracinables, les inamovibles dans leurs convictions, ils ne lâchent rien !
C'est leur droit, après tout.
Ce qui me titille, mais c'est mon mauvais esprit qui me susurre cette pensée dans l'oreille, c'est que dimanche prochain, on célèbre toutes les mamans ! Ce sera "la fête des mères", inventée par le Maréchal Pétain...
Honni soit qui mal y pense...

Nanette

jeudi 16 mai 2013

Trocadero : vu du ciel

Ce qui s'est passé au Trocadero (sans accent, s'il vous plaît, puisqu'il s'agit d'un bourg andalou, situé dans la baie de Cadix et dont les forts furent enlevés en 1823 par les troupes françaises du duc d'Angoulême) laisse pantois. Un tel déferlement de violence de la part d'une bande de casseurs quasi professionnels pour saccager tout un quartier huppé, parmi les plus beaux de Paris, prouve, si besoin en était encore, la profondeur du malaise qui habite une part de plus en plus importante de la jeunesse désoeuvrée.
Les images de ces scènes de pillage,  de cette dévastation, de la mise à sac d'un bus de touristes auxquels on a volé tous leurs bagages rangés dans la soute, de l'acharnement d'une violence inouïe à détruire tout ce qui se trouvait à portée de barre de fer, ces images ont fait le tour du monde... Qu'en pensent les Qataris qui injectent des millions de dollars dans le PSG et ses footballeurs multimillionnaires, alors qu'ils espéraient des images d'une équipe victorieuse portant haut un trophée vaillamment gagné sur fond de Tour Eiffel, cliché idéal pour la promotion de leur pays-confetti gorgé d'or noir ?

Au cimetière de Passy, surplombant la place du Trocadero, deux amis très chers reposent en paix depuis quelques années. Lui fut un grand Résistant, torturé par les nazis, déporté en Allemagne et rentré en France dans le funeste "train de la mort". Il avait 20 ans et sa vie ne fut qu'un long calvaire. Elle, sa femme, Résistante également et psychanalyste de grand talent, analysée par un élève de Freud, active jusqu'à 80 ans passés. Une de ces fortes personnalités qui a consacré sa vie à accoucher des centaines d'êtres en mal d'humanité.
Impossible de ne pas penser à eux, en cette triste soirée de carnage, de gâchis : qu'auraient-ils dit, comment auraient-ils réagi devant ce spectacle désolant d'une France déchirée, affaiblie, en proie à ses démons les plus misérables ? Ils me manquent. J'aimerais entendre de leur part une parole d'intelligence, d'érudition, de mise à distance, de rapport au fric, ce fric qui pervertit tout,  de morale civique, de fermeté aussi. Une parole de belle humanité qui redonne du cœur à l'ouvrage...
De leur ciel, ils ont tout vu. Et je ne peux m'empêcher de pleurer avec eux...

Nanette